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Pierre BLANCHARD des RABINES, Maître de Poste à Saint-Malo sous Louis XV

Catherine Meste-Nerzic


 

Dans ce texte, le de cujus est Catherine MESTE-NERZIC (SOSA 1)


Où l’on apprend qui est Pierre BLANCHARD

Mon ancêtre Pierre BLANCHARD des RABINES (né à Saint-Malo le 19.11.1705 et mort dans cette même ville en 1763, SOSA  510) descend par sa mère Marguerite DUGÜEN de Guillaume B0ULAIN (né en 1463 à Saint Malo), corsaire du Duc François II, dernier duc de Bretagne (mort en 1488), et de Bernard BOULAIN sieur de la Rivière son fils, Conservateur de Saint Malo durant la République  Malouine (1590-1594).

Pierre Blanchard est donc parent au 7ème ou 8ème degré de quelques contemporains malouins importants comme Bertrand MAHE de la BOURDONNAIS (1699-1735), Gouverneur des Iles de France et de Bourbon, ou comme Nicolas Charles Joseph TRUBLET (1697-1770), chanoine et académicien. Il est cousin issu de germain de Jean Joachim DUGÜEN sieur du VERGER (1711-1782), négociant, capitaine de navire, marié à Julienne Mac-Lovie LOUVEL fille de Claude, notaire royal (voir arbre).

La femme de Pierre BLANCHARD, Anne Pélagie PINOU, descend de Michel DAVY sieur de la BASTILLE (né vers 1500) et de Guillaume POREE sieur du BOUAYS (né vers 1480), familles notables de Saint Malo (voir l'arbre ici).


     Le 31.1.1738, Pierre BLANCHARD des RABINES, « loueur de chevaux de 34 ans,
ayant déjà quatre bons chevaux à lui accoutumés à mener en poste
et sachant mieux qu’aucun autre du pays les bons et les mauvais endroits » reçoit
le brevet de Maître de Poste à Saint-Malo
.

 

 

Où l’on apprend ce qu’est un Maître de Poste en 1738

 

Cette année là, la Poste aux chevaux qui existe dans le royaume de France depuis  Louis XI est enfin étendue à la Bretagne, surmontant enfin l’opposition constante  du Parlement de cette Province au statut très particulier. Sous l’autorité directe du Roi, le Grand Maître et Surintendant des Postes du Royaume organise alors en Bretagne des relais pour les courriers, à l’image de ce qui existe déjà dans le Royaume. Il s’agit de mettre des chevaux de rechange à la disposition des « courriers », c'est-à-dire des personnes qui se déplacent à cheval ou en chaise sur les routes. Le voyageur arrivant au relais trouve donc des chevaux frais, une chaise  pour une ou deux personnes, et obligatoirement un Postillon à cheval, qui le guide et sera chargé de ramener les chevaux lorsque le prochain relais sera atteint. Ce Postillon doit éventuellement se charger du porte-manteau du voyageur, qu’il porte en croupe, et qui ne doit pas dépasser certaines dimensions et poids.

Il ne faut pas confondre la Poste aux chevaux et la Poste aux lettres ; les « courriers » de la Poste aux chevaux sont des voyageurs. Une troisième institution, les Messageries, assurait déjà avant 1738 le transport des voyageurs par coches et avait ses propres relais de chevaux. « La Poste aux chevaux est essentiellement destinée à faciliter le déplacement des particuliers qui ne veulent pas prendre les voitures publiques des Messageries et qui utilisent leurs voitures particulières ou des chevaux  et trouvent donc des chevaux frais aux relais ». [T.Jamaux-Gohier]

Sont donc nommés des Maîtres de Postes à chevaux chargés d’organiser ces relais. D’une manière générale, les brevets sont attribués à des personnes ayant déjà des chevaux et quelques biens, ainsi qu’une bonne réputation. C'est ainsi que pour Saint-Malo est pressenti Pierre BLANCHARD des RABINES.

Pour acquérir le brevet de Maître de Poste, il faut écrire une lettre de soumission au Roi, dont le modèle est fourni par le Grand Maître de Poste (voir ici). Cette charge ne s’achète pas, le Maître de Poste peut être considéré comme un fonctionnaire, il est révocable.


Quels sont les avantages et les obligations que ce Brevet apporte à Pierre BLANCHARD des RABINES ?

L’avantage essentiel est d’être seul habilité à prendre les routes de Poste, au galop, dans le territoire qui lui est imparti. Comme loueur de chevaux, il pouvait jusque-là fournir des chevaux frais aux voyageurs pour les chemins de traverse, mais ne pouvait faire galoper sur les routes de Poste.

Dans le territoire qui lui est confié, il a priorité sur les Messageries, qui ne peuvent faire galoper et doivent lui céder le passage.

En conséquence, tous les voyageurs qui ne prennent pas les transports publics doivent s’adresser à lui pour se déplacer sur les routes de Poste, ce qui lui assure une clientèle.

Cette clientèle aisée doit trouver toutes les 2 à 3 lieues (8 à10km environ) un Relais où le Maître de Poste assure jour et nuit des chevaux frais et un Postillon, qui sont à sa charge. L’administration aide quelquefois les Maîtres de Poste à trouver un logement convenable, comportant au minimum écurie, grenier à foin et fourrage, logement des Postillons ; le loyer reste à leur charge. Le Maître de Poste a priorité pour l’approvisionnement en fourrage et foin, puisqu’il assure un service public, mais l’achat reste à sa charge, comme l’achat de ses  chevaux (6 au minimum). C’est aussi lui qui engage et rémunère au moins deux Postillons, un palefrenier et les domestiques nécessaires. Sont à sa charge également les soins prodigués par le maréchal-ferrant (souvent aussi vétérinaire), la fourniture des selles, rennes et harnais fabriqués par les selliers et bourreliers. A sa charge aussi l’approvisionnement en eau, ce qui en ville est beaucoup plus difficile.

Pour dédommager le Maître de Poste, le Trésor Royal lui verse 200 livres par an et la Région 100 livres, en compensation des privilèges financiers qui existent dans le reste du Royaume.

Les Maîtres de Poste sont par ailleurs exemptés du service de garde, du logement des gens de guerre, des corvées (entretien des routes en particulier), ainsi que des droits de tutelle et curatelle (nous en verrons plus loin les conséquences pour Pierre BLANCHARD).

Les revenus du Maître de Poste dépendent donc de sa clientèle. Le tarif des courses est fixé officiellement par le Superintendant. Sous Louis XV, il est de 25 sols pour chaque cheval attelé à une chaise pour une personne. « On peut calculer que pour le trajet de Saint-Malo jusqu’à Chateauneuf (d’Ille et Vilaine !), qui fait partie du domaine imparti à BLANCHARD, il en coûte à l’usager 75 sols à marée basse (une poste et demie) ou 100 à marée haute (deux postes), qu’il doit au Maître de Poste, et 20 sols pour les guides au Postillon». [T. JAMAUX-GOHIER]

Le fonctionnement des relais de Bretagne est sous la direction de l’Intendant de Bretagne. La Province est divisée en une cinquantaine subdélégations, sous la responsabilité de Subdélégués. Ceux-ci sont chargés non seulement de faire exécuter les ordres de l’Intendant, mais aussi de faire passer les informations. Chaque subdélégation comprend un certain nombre de paroisses (en plus petit nombre dans les régions de forte contestation…). Les Subdélégués sont choisis parmi les notables ayant déjà une charge : sénéchal, procureur du Roi, alloué…Non rémunérée, la subdélégation est d’autant plus honorifique. En 1705 l’évêché de Saint-Malo compte 2 subdélégations.

Le contrôle des relais est assuré par plusieurs échelons de « Visiteurs » appartenant à l’administration centrale des Postes. Ils doivent en particulier, inspecter les Registres de Poste où les Maîtres de Poste doivent obligatoirement noter les noms et qualités des usagers ainsi que les passeports. Des relations étroites avec les services de Police sont dont obligatoires.



Où l’on apprend enfin ce que fut la vie de Pierre BLANCHARD des RABINES

 

 Les documents qui permettent de retracer la carrière de Pierre BLANCHARD.

Aux archives départementales de L’Ille-et-Vilaine à Rennes, la série C permet d’accéder aux documents notariaux. Le « contrôle des actes »  donne la description du contenu de liasses de documents d’époque, manuscrits et imprimés que l’on examine ensuite. 

 Le contrôle des Actes nous permet de trouver par exemple :

- la liasse n°1984 qui correspond à la mise en place des Maîtres de Poste de 1738 à 1787 en Bretagne

- la liasse n°1985   qui fournit la liste les documents relatifs à la situation des  Maîtres de Poste de 1754 à 1787, et à l’utilité ou l’inutilité de certains relais.

- la liasse n°1982 qui donne la liste des documents concernant le toisé d’un poste à l’autre en Bretagne

 - la liasse n°1987 qui liste les documents relatifs au transport des princes et princesses par les  Maîtres de Poste

- la liasse n°1985  qui donne la liste des documents relatifs aux sanctions applicables aux postillons insolents…

  et enfin la liasse n°2016 qui est presque entièrement consacrée aux courriers avec le Maître de Poste Pierre BLANCHARD des RABINES.

C’est à partir des documents de cette dernière liasse que j’ai pu retracer la carrière de mon ancêtre Pierre BLANCHARD des RABINES.

Lors de mes recherches, j’ai découvert l’ouvrage  de  T.JAMAUX-GOHIER et j’ai pu constater que l’auteur avait largement utilisé l’exemple de mon ancêtre pour illustrer les déboires d’un Maître de Poste ! Je lui ai emprunté des informations  provenant de documents que je n’ai pas exploités moi-même.

 

L’environnement familial  des premières années de notre ancêtre

Je n’ai pas fait de recherche sur le métier ni sur la demeure de ses parents : Pierre BLANCHARD des RABINES et Marguerite DUGÜEN. A leur mariage le 23.5.1694 à Saint-Malo, assistaient l’oncle de Marguerite, Joachim DUGÜEN négociant et capitaine de navire, sa femme Jacquette VIBERT, ainsi que Jacques JACOTARD, Olivier  et Marin RUCET des RIVIERES.

Au baptême en 1696 d’Yves, frère aîné de Pierre, les marraine et parrain sont leur tante Jacquette VIBERT et Olivier RUCET. Les parrain et marraine de mon SOSA Pierre le 19.11.1705 sont Jacques LEGENTILHOMME et Victoire THORE, pour lesquels je n’ai trouvé aucun commentaire particulier.

A son mariage  le 18.9.1725, à l’âge de 20 ans, avec Anne Pélagie PINOU (23 ans), sont présents et signent ses parents, son frère (qui signe Yvie), sa sœur Marie Thérèse, et la sœur de Anne Pélagie qui signe pour leur mère Yvonne LOUDIA. Les mariés  et leurs parents sont de Saint-Malo. On sait que le père d’Anne Pélagie est Maître forgeron au moment de sa naissance mais sa présence n’est pas mentionnée au mariage et l’on ne trouve pas sa signature.

En 1738, le couple a 3 enfants :

- Anne Nicole, née le 7.7.1726, la marraine est sa tante Julienne PINOU et le parrain Nicolas Hangard

 - Françoise Yvonne (SOSA 255) née le 1.3.1728, le parrain est son oncle « Yvie » BLANCHARD et la marraine Françoise Gallais

- François né le 13.9.1734,  la marraine est sa tante Françoise  Perrine ADAM, et le parrain François Clouet

Toujours en 1738, les membres de sa famille encore en vie sont : sa mère Marguerite DUGÜEN, qui habite rue Dauphine à Saint-Servan ; sa sœur Marie-Thérèse (qui  a deux enfants : Sylvain-Jean et Guillemette SEMIDON) dont le mari Sylvain SEMIDON dit GASSION,  navigant, acadien, va décéder très vite. Son frère aîné Yves, navigant,  est marié à Françoise Adam et ils ont quatre enfants (Yves mourra un an après). Son frère cadet Michel,  marchand,  marié à Jeanne CREN en 1734,  a deux enfants : Pierre et Jeanne.

Sa belle-sœur Julienne PINOU et sa belle-mère Yvonne LOUDIA sont en vie.

Aucune relation ne semble établie avec les cousins DUGÜEN.

La vie professionnelle de Pierre

Pierre BLANCHARD des RABINES,  loueur de chevaux, devait occuper déjà un logement avec les écuries nécessaires à son métier. Je n’ai pu retrouver que le logement de 1740 en tant que Maître de Poste ; il loue alors la maison de Mme de la MOTTE VILLE DURAND, rue Garangeau. C’est une rue de l’intra muros joignant la rue Sainte Barbe à la place Chateaubriand, qui porte dès 1725 le nom de l’ingénieur responsable du premier accroissement de la ville selon les plans de Vauban. L’accès se fait par des rues étroites.

Pour l’année 1738, celle de la nomination de Pierre BLANCHARD des RABINES, on trouve dans les Archives :

- une lettre de Christophe Alexandre PAJOT, marquis de Villiers, Contrôleur Général des Postes et Relais de France (qui décédera l’année suivante), adressée à Monsieur De PONTCARRE de VIARME, Intendant de Bretagne, à propos de l’établissement de la nouvelle Ferme des Postes et Relais en Bretagne, lui demandant de bien vouloir payer six mois d’avance aux nouveaux Maîtres de Poste.

- le reçu par Pierre BLANCHARD des RABINES, devant notaire, de la somme de 150 livres d’avance pour les six premiers mois de l’année reçue de M.COHIGNE NOUAIL.

Reçu devant notaire

- les réclamations de « la veuve ROULY », Maîtresse de Poste à Pontorson, qui se plaint de ce que Pierre BLANCHARD, Maître de Poste à Saint Malo, fasse conduire les courriers à Avranches et Granville passant par le gué des salines pour éviter Pontorson, ou même qu’ils les conduisent passant par Pontorson sans relayer…

Dans le même temps, Blanchard des Rabines se plaint de ce que bien que son servIce soit celui de Châteauneuf, soit deux postes à marée basse et deux postes et demie à marée haute (environ 9 km), on l’oblige à mener à Pontorson distante de quatre postes et demie (20km) et même à Lamballe distante de 31 km. Le plus grave est qu’il faut alors embarquer pour passer la Rance et que les chevaux se refroidissent et en périssent souvent.

Le Visiteur Général des Postes, le sieur GUICHON, répond que des ordres seront donnés en conséquence… Ces conflits ne passent pas devant les tribunaux ordinaires. Les Maîtres de Poste dans leur exercice ont droit à une juridiction particulière.

La faiblesse du réseau routier fin XVIIème siècle en Bretagne est connue. Dans son ouvrage, A. LESPAGNOL précise que trois axes routiers principaux partaient de Saint Malo :

- par le Sillon et Paramé vers  l’est, la route de Normandie,

- vers l’ouest, la route de Dinard à Lamballe, la route de la Bretagne (mais il fallait traverser en bateau l’estuaire de la Rance de Saint Malo à Dinard) ; c’est par cette voie qu’arrivaient les toiles « les bretagnes ».

- vers le sud, la route de Saint-Servan à Rennes,  la mieux entretenue, passant par Châteauneuf. C’est par cet axe que la ville se branche sur la route de Paris. C’est par cette voie aussi que parviennent à Rennes, en provenance du port de Saint Malo, les produits du sud : vin, huile, fruits, épices...

                                 Routes de St Malo       

(source : infobretagne.com)

 En 1739,  décède Yves  BLANCHARD des RABINES, « navigant », frère aîné de Pierre ; il laisse à sa veuve Françoise Perrine ADAM trois enfants en vie : Yves-Georges, Sylvain-François, et Françoise-Perrine, respectivement 4, 3, et un an.

Marie Thérèse sa sœur  devient veuve (avant 1745 d’après le seul document trouvé à ce jour) et ses enfants Sylvain-Jean et Guillemette SEMIDON peuvent eux aussi avoir besoin d’un tuteur.

1740

Ayant le privilège (cf. ci-dessus) de ne pas être obligé d’assurer une tutelle, Pierre BLANCHARD des RABINES demande à en être exempté ; il est alors condamné à payer les frais de nomination d’un autre tuteur ! (Quels sont les enfants dont Pierre BLANCHARD refuse la tutelle : ceux de son frère ou ceux de sa sœur ?)

Une lettre datée de Paris le 26.8.1740 plaide sa cause auprès de M. De PONTCARRE de  VIARME pour qu’il soit libéré de cette obligation (voir photo_1 et photo_2).

 

En 1739, 1740 et 1742 naissent trois fils à Pierre BLANCHARD et Anne Pélagie PINOU :  

- Joseph, né en 1739 et mort à 3 ans en 1742

 - Servan François, né en 1740, qui sera pêcheur, épousera en 1769 Jeanne Marie LEBOEUF  après le décès de son père, et mourra à Saint Pierre et Miquelon

- Joseph Nicolas, né le 6.12.1742, dont la marraine sera sa sœur de 16 ans Anne Nicole BLANCHARD, et qui sera écrivain.

1742

Pierre BLANCHARD quitte la rue Garangeau pour la rue de la corne de Cerf et la maison des héritiers de Mlle des ANTONS BOULAIN appartenant à Mathurin Joseph GROUT seigneur de Princé.

« Une maison avec une grande cave, grande cuisine dessus, 1er, 2ème, 3ème, 4ème étage, avec les greniers, une petite maison avec communauté pour les eaux de la citerne jointement avec les autres locataires, qui occupent la maison joignante qui appartient au seigneur de Princé, de quelles eaux il leur sera permis d’user aux uns et aux autres pour leurs ménages, et non pour autres en dehors. »

T.JAMAUX-GOHIER a reconnu sur place aujourd’hui « la maison avec des bornes de pierre pour que les voitures n’abiment pas les murs, sous la fenêtre du rez-de-chaussée, le seuil d’une grande porte permettant autrefois de pénétrer chez le Maître de Poste…une belle maison, mais pour y accéder il faut circuler dans des rues étroites… ».

En 1745, Marguerite DÜGUEN décède rue Dauphine à Saint-Servan, où elle habite chez sa fille Marie Thérèse, veuve de Sylvain SEMIDON.

1746

A cette date, cela fait huit ans que Pierre BLANCHARD des RABINES occupe son poste ; il propose des améliorations. Ses propositions sont portées à la connaissance de M. d’ARGENSON, Grand Maître des Postes, qui écrit de Versailles le 20.3.1746 à M. de PONTCARRE de  VIARME à Rennes pour lui soumettre le projet avec avis favorable, lui demandant d’indemniser de ses avances le Maître de Poste. Le Maître de Poste propose   qu’un poste soit créé au Vivier, localité située sur la côte entre Cancale et le Mont-Saint-Michel, la distance de Saint-Malo à Pontorson étant trop grande. Il propose aussi qu’un poste soit créé à Dinan : en effet les chevaux de Saint-Malo pour Lamballe doivent prendre le bac sur la Rance, et se refroidissent au milieu de la course. Un poste à Dinan éviterait cet écueil (voir photo_1 et photo_2).

Le 8.4.1746, réponse favorable de l’Intendant de Bretagne qui s’engage à présenter le projet à la prochaine réunion des Etats de Bretagne.

Le 2.12.1746 de Fontainebleau, d’ARGENSON transmet trois plaintes de son Maître de Poste Pierre BLANCHARD au subdélégué M.de COHIGNE NOUAIL, qui lui répondra le 20.1.1747 (voir photo_1 et photo_2) :  

1) Le Maître de Poste de Pontorson ne renvoie pas chaises et chevaux  à Saint-Malo mais seulement au Vivier à quatre lieues de là : c’est une dépense de plus pour le Maître de Poste de Saint-Malo

2) Le Lieutenant Général de la Police de Saint-Malo empêche Pierre BLANCHARD de faire voiturer par la ville foin, paille et avoine pour son service ; il est donc obligé de les faire venir de plus loin, une lieue et demie, à ses frais.

3) Plusieurs de ses chevaux sont atteints de la morve : il demande du secours pour les remplacer, autrement il lui sera impossible d’assurer son service.

1748

Une fois encore, M. d’ARGENSON, de Versailles, soumet le 12.2.1748 à M. de PONTCARRE de  VIARME une nouvelle proposition du Maître de Poste de Saint-Malo : créer une Poste au Vivier. Cette fois-ci, on sent que l’agacement gagne le Grand Maître des Postes et Relais. Il demande à M. de PONTCARRE de VIARME de bien vouloir examiner si  le projet est aussi nécessaire que le prétend le nommé BLANCHARD…

Le 2.12.1748,  M. d’ARGENSON  demande que l’on vérifie les postes de BLANCHARD (voir ici)

Le 15.12.1748, la proposition de BLANCHARD est acceptée par les Etats de Bretagne, les Postes du Vivier et de Dinan sont créés, et l’on recrute pour cela de nouveaux Maîtres de Poste. Les candidats doivent être « en état de monter une poste de chevaux avec fourrage et équipages nécessaires, aux appointements de 300 livres tournois par an » et avec les privilèges déjà évoqués ci-dessus (voir photo_1 et photo_2).

En 1749, sa fille Françoise Yvonne (SOSA 255), qui a épousé Suliac François BESNARD (de Saint-Servan), navigant,  a un fils Pierre Pascal. Veuve, Françoise Yvonne se remarie vers 1750 avec François Fulgence LABBE (SOSA 254) cavalier dans le Régiment de Conty, puis maître sellier.

La situation de son nouveau gendre est très favorable à Pierre BLANCHARD. Mais je n’ai pas de documents permettant de savoir si des relations existaient entre Pierre BLANCHARD et Fulgence LABBE avant ce mariage.

1750

Par une lettre du 1.9.1750, le subdélégué de Saint-Malo demande au comte d’ARGENSON que  Pierre BLANCHARD soit indemnisé pour la perte de  5 chevaux.

En 1752 et 1753, naissent deux petits-enfants du sieur DES RABINES : Françoise Perrine LABBE (SOSA 127), puis  Nicolas Fulgence LABBE (qui sera loueur de chevaux !).

Sa fille aînée Anne Nicole BLANCHARD a épousé Joseph BALARD et a deux enfants en 1752 et 1753 : Joseph François (dont le parrain est Pierre Blanchard) et Françoise Nicole.

1753

Pierre Blanchard déménage à la Licorne. Cette maison, dépendant de l’Hôtel-Dieu appartient à écuyer Jean Baptiste MAGON de la VILLEHUCHET « joignant la chapelle Saint Thomas elle consiste en une boutique sur le devant, une petite salle basse pouvant servir de cuisine, un cellier donnant sur une cour qui est derrière. Trois chambres au premier cours (c.a.d étage), une au second avec un grenier au dessus servant à loger du foin et ayant la superficie de la maison, écurie au côté avec un appentis, des latrines dans la cour, ainsi qu’une petite salle basse et une petite chambre au dessus qui ont leurs fenêtres sur l’endroit du dernier accroissement de la ville près de la porte Saint Thomas. » [cité par T. JAMAUX-GOHIER]

Enfin près de la porte de la ville ! Les conditions de travail s’améliorent, du moins en ce qui concerne le logement. En effet les charges sont lourdes et les recettes insuffisantes.

Les charges

Le loyer de la Licorne est de 200 livres par semestre.

Un cheval coûte à l’achat environ 200 à 300 livres, le prix étant variable selon qu’il s’agisse d’un maslier, d’un bidet, …. Lorsqu’il est malade, atteint de la morve maladie très contagieuse, il faut l’isoler, voire l’abattre et le brûler. Or il faut que le Maître de Poste ait au minimum 6 chevaux. En 1754, Pierre BLANCHARD en a 10. En 1762 il n’en aura plus que 6.

L’entretien du cheval implique

- la présence d’un palefrenier pour les soins quotidiens qui ne sont pas du ressort du Postillon,

-  les visites au maréchal-ferrant aussi vétérinaire,

-  l’achat et l’entretien des harnais, selles, etc

-  la litière, qui nécessite à elle toute seule deux bottes de paille par jour,

-  le foin et l’avoine.

L’eau nécessaire est à aller chercher au réservoir près de la grande porte de Saint Malo, où arrive l’eau captée à Saint-Servan.

Les recettes

Nous avons vu qu’un « courrier », c'est-à-dire un voyageur, devait payer 75 à 100 sols (vingt sols font une livre tournois) pour le trajet de Saint-Malo à Chateauneuf. Le handicap du relais de Saint-Malo, comme de celui de Dinard, est d’être en bout de route. Ce sont des relais pauvres. D’autres, véritables carrefours, apportent la richesse au Maître de Poste.

Nombreux sont les Maîtres de Poste qui exercent en plus le métier d’aubergiste,  et doivent payer les impôts correspondants.

Pierre BLANCHARD se défend d’être aubergiste ; son budget est étroit, il ne veut pas payer de taxes supplémentaires, alors que la clientèle est médiocre. Cependant, dans l’enquête de Choiseul en 1761, il admet qu’il donne à boire et à manger aux courriers qui arrivent. Ce pourquoi on lui refuse de payer l’eau-de-vie à prix réduit, comme c’est le cas pour les relais qui ne font pas auberge. Il affirme que l’eau-de-vie lui sert à panser ses chevaux. 

T. JAMAUX-GOHIER écrit : « Rien dans les baux n’indique que la Licorne en 1752 soit une auberge. Un registre de capitation indique que Pierre BLANCHARD y tient la messagerie de Vitré et de Laval… ». Elle mentionne aussi qu’en 1777, les registres de capitation indiquent  que Denis Quesnel, Maître de Poste à son tour établi à la Licorne, sera présenté en qualité d’aubergiste.

1754

Pierre BLANCHARD a alors 49 ans, 6 enfants et 5 petits-enfants.

Il a obtenu que son relais ne s’étende plus qu’au Vivier et à  Châteauneuf, et n’assure plus le service de Pontorson et de Lamballe. Il assure les Messageries pour Vitré  et Laval, ce qui lui assure un complément de revenus mais ne facilite pas ses relations avec la Maîtresse de Poste de Pontorson.

Le 7.6.1754, il écrit de Saint-Malo au comte d’ARGENSON, et signe de sa main une demande d’aide « car le prix du fourrage a cette année tellement augmenté à Saint-Malo que cela met en péril son entreprise, au point qu’il se verra obligé de renoncer à fournir des chevaux à Saint Malo ». Il souligne que les autres postes sont mieux placés que lui, qui ont l’aller et le retour des voyageurs, alors qu’à Saint-Malo il n’a que l’aller (voir photo_1 et photo_2).

A la suite de cette lettre, le 23.6.1754 de Versailles, d’ARGENSON écrit à Cardin-François-Xavier LE BRET Intendant de Bretagne, en y joignant une lettre, sans doute du supérieur hiérarchique  de Pierre Blanchard à Saint-Malo. On constate que la lettre de Pierre BLANCHARD du 7.6.1754 était la copie presque conforme de celle de son supérieur (voir photo_1 et photo_2). Celui-ci souligne que Pierre BLANCHARD est l’un des Maîtres de Poste les mieux considérés puisque c’est lui que l’on a préféré aux autres pour conduire le marquis de PAULMY (neveu du comte d’ARGENSON, qui lui succèdera en 1757 comme Secrétaire d’Etat à la Guerre) et sa suite, de Jugon à Saint-Malo.

Pierre BLANCHARD des RABINES a-t-il été exaucé ? Je n’ai trouvé aucun document me permettant de le savoir.

Les Maîtres de Poste sont soumis à des inspections et doivent rendre des comptes. J’ai  seulement trouvé l’imprimé rempli à cet effet par le Maître de Poste de Rennes ; un équivalent a dû être rempli par Pierre BLANCHARD :

contrat

En 1757, sa femme Anne Pélagie PINOU  meurt.

En 1758, Pierre BLANCHARD se remarie avec Marie Anne JAN.  Ils ont un fils en 1759, qui sera nommé Pierre Guillaume.

Sa fille aînée Anne Nicole a eu un fils Marin Nicolas BALARD en 1756, sa fille Françoise Yvonne  trois enfants : Julienne Perrine LABBE en 1755, Marie Michelle LABBE en 1757 et Anne Julienne LABBE en 1759.

Sa nièce Françoise Perrine, fille de son défunt frère aîné Yves, dont il est le parrain, a épousé le 28.11.1758 à Saint-Malo Guillaume DENIS, loueur de chevaux.

1761

Cette fois-ci, c’est le duc de CHOISEUL qui de Versailles envoie le 9.3.1761 à Rennes les plaintes de son administré : on a supprimé le poste du Vivier pour le déplacer à Dol. La distance est augmentée et de plus la route est remplie de « mollieres » (il s’agit  de crevasses).   

Deux lettres du 25.4.1761 donnent :

- l’une l’arbitrage de M. LOISELEUR, Ingénieur des Travaux Publics. Il donne raison au Maître de Poste de Saint-Malo en ce qui concerne la distance plus élevée,… mais l’état des routes sera amélioré dès la belle saison, les « mollieres » remplies de pierres. Par ailleurs la poste du Vivier ne desservait que Pontorson, alors que celle de Dol permet de rejoindre, outre Pontorson, Dinan, Antrain, Hédé… : l’ingénieur annonce qu’il sera Jeudi suivant à Rennes,

- et l’autre les commentaires de François Louis DESRIEUX de la TURRIE, maire de Dol et Subdélégué  de l’Intendant de Bretagne (voir photo_1 et photo_2).

 1762

Un procès-verbal  est envoyé le 18.2.1762 à M. de CHOISEUL  par le maire de Saint-Malo Pierre LE FER sieur de Chanteloup, aussi Subdélégué, assisté de M. LOUVEL, greffier.   Il y est relaté que M.BLANCHARD  ayant été  accusé de négliger son service, une inspection de son poste a donc eu lieu. Ce jour-là Pierre BLANCHARD est absent : sa femme Marie Anne JAN explique qu’il est parti depuis deux jours pour Nantes pour accompagner M. GANNE, commandant le bataillon arrivant du Canada. Il est donc constaté que le Maître de Poste a dépassé les limites de son Poste et qu’il n’a laissé que trois chevaux malades dans les écuries.

A leur décharge, Marie Anne JAN sa femme dit que les affaires sont mauvaises, qu’il y a peu de voyageurs, qu’il faut qu’il nourrisse sa famille et elle supplie que l’on décharge son époux de cet emploi (voir photo_1 et photo_2).

Pierre BLANCHARD des RABINES meurt dans son logement de la Licorne   à Saint-Malo  le 31.3.1763, à l’âge de  58 ans. Une messe est chantée dans la cathédrale pour son inhumation.

Marie Anne JAN devient à sa suite Maîtresse de Poste de Saint-Malo

1766

Le duc de CHOISEUL demande le 8.12.1766 à l’Intendant de Bretagne de faire réparer les routes, suite à une demande de la Veuve BLANCHARD. Celle-ci demande un troisième cheval pour les chaises à cause de l’état des routes, rappelant que le 24.12.1764 un troisième cheval avait été accordé à certains Maîtres de Poste dans des départements où les routes étaient très mauvaises (voir ici).

Le 26.12.1766, une même demande émane de M. Pierre Claude EVEN ingénieur des Ponts et Chaussées à Dol.

Et le 31.12.1766, la demande est accordée seulement pour la route de Saint-Malo à Dol, puis rejetée le 25.1.1767 (voir photo_1 et photo_2).

Les chicaneries administratives continuent.

1767

Le 24.11.1767, Marie Anne JAN (née en 1722) se marie pour la troisième fois avec Jean Jacques DELMAGNE sieur DUFRESNE (né en 1728 à Paris), domicilié de la paroisse st Sauveur de Dinan, en présence de Jean Baptiste Guy MOULIN sieur de la Pépinière, employé pour les fermes du Roi et de Françoise Perrine ADAM veuve de Yves BLANCHARD son ex belle-sœur. On trouve sur le registre paroissial une signature maladroite « des rabines », qui doit être celle d’un petit garçon de 8 ans, Pierre Guillaume BLANCHARD, fils de défunt Pierre BLANCHARD et de la mariée Marie Anne JAN (voir ici).

 

 

Aucun descendant de Pierre ne reprendra la charge de Maître de Poste.

 

 

 

Sources :



 



Auteur : Catherine Meste-Nerzic.      Pages réalisées avec Kompozer.