Le site de généalogie de Catherine et Michel Meste




Mon ancêtre Aliénor d’Aquitaine, une femme d’exception !

(1122-1204)

(29ème génération, Catherine Sosa 1)

 

Dhuoda notre ancêtre, femme de Bernard de Septimanie fils de St Guilhem, composa en 841 un « Manuel pour mon fils ». Parmi les devoirs qu’un jeune prince doit respecter l’un d’entre eux consiste à garder en mémoire ses aïeux ; elle demande à son fils de compléter la liste qu’elle lui en donne au fur et à mesure des décès des membres de sa famille. Suivant ce conseil j’ai essayé d’établir cette liste tout en la complétant pour certains d’entre eux, de faits mémorables.

Ainsi je complète la liste de notre arbre généalogique par des « portraits « de certains de nos ancêtres et je commencerai par l’une des plus remarquables : Aliénor d’Aquitaine.

Choisissons ce résumé de la vie de notre ancêtre Aliénor par le site Hérodote :

« Au XIIe siècle, une jeune femme au destin exceptionnel marque l’histoire du Moyen Age. Elle s’appelle Aliénor d’Aquitaine, elle est jeune, intrépide, belle, redoutable. Elle réussit l’exploit d’être reine de France puis reine d’Angleterre dans une seule vie. De quoi créer un véritable mythe !

Aliénor d'Aquitaine ne fait rien à moitié, elle vit jusqu’à ses 80 ans. Elle a dix enfants, et deux rois comme maris. Elle épouse d'abord le roi de France Louis VII. Elle divorce. Puis elle se remarie avec le futur roi d’Angleterre Henri II. Une santé de fer et un sacré appétit : pour la politique, pour l’art, pour la vie.

C'est un couple puissant, riche, ambitieux, qui règne en maître sur une grande partie de l'Europe : leurs terres s'étendent de l'Espagne à l'Ecosse. »

Tout en étant exceptionnelle, la vie d'Aliénor témoigne du comportement très libre des femmes au Moyen Âge, du moins dans les classes supérieures. Elles suivent leur mari à la croisade, étudient, animent des Cours etc. Elles sont néanmoins moins à l’aise dans la conduite de la guerre. Comme Aliénor, elles doivent dans ces occasions se faire épauler par un mari, un fils ou un fidèle vassal. Elles perdront de leur autonomie à la Renaissance, quand les juristes ressusciteront le droit romain et le statut d'infériorité féminine qui s'y attache.

Georges Duby précise bien que les personnages historiques du XIIème siècle ne nous sont connus que par des écrits, le plus souvent bien postérieurs à la mort du personnage, et de plus œuvres de gens d’Eglise très défavorables à un personnage comme Aliénor. Nous nous en tiendrons donc aux faits. 


1) Les ancêtres d’AliénorAscendance d'Alienor

Aliénor est l’ultime héritière d’une longue lignée de comtes de Poitiers et ducs d’Aquitaine. L’incertitude demeure sur le fondateur, Géraud 1er d’Auvergne, sans doute nommé roi d’Aquitaine par son beau-père Pépin 1er (fils de Louis le Pieux et petit-fils de Charlemagne). Géraud est mort en 841 à la bataille de Fontenay-en-Puisaye qui opposa entre eux les héritiers de Louis le Pieux.

Le titre de comte de Poitiers fut donné à Ramnulf 1er fils de Géraud, qui fonde la lignée des Ramnulfides ; il décède en 866 à la bataille de Brissarthe contre les Vikings.

Ramnulf II (fidèle aux capétiens comme les seigneurs du sud de la Loire et fils du précédent) s’oppose à l’élection de Eudes comme roi des francs. Il meurt en 890 et c’est Ebles Manzer son fils illégitime, qui se lance à la reconquête de son héritage : il reprend le comté de Poitou et meurt en 935.

Guillaume III dit Tête d’Etoupe, fils d’Ebles, épouse Gerloc/Adèle, fille du duc de Normandie Rollon. Il s’allie donc à un viking alors que ses ancêtres sont morts en se battant contre eux. Il marie sa fille Adélaïde d’Aquitaine à Hugues Capet (quittant ainsi les carolingiens pour lesquels ses ancêtres s’étaient battus) ; il meurt en 963.

Guillaume IV Fiérebrace fils de Tête d’Etoupe conserve difficilement le comté de Poitou et le duché d’Aquitaine. Il épouse Emma de Blois fille de Thibaut le Tricheur. Après une vie tumultueuse il abdique se retire à l’abbaye Saint-Cyprien de et meurt en 995.

Son fils Guillaume le Grand, duc d’Aquitaine, comte de Poitiers, prince cultivé et pieux eut un règne pacifique. N’'ayant pas de qualités d'homme de guerre, il subit plusieurs revers. De ses trois mariages il eut des fils qui se succédèrent à la tête de son domaine : Guillaume VI le Gros, Eudes, Guillaume VII Aigret, enfin Guillaume VIII Guy-Geoffroi ancêtre d’Aliénor. La fille de Guillaume le Grand, Agnès d’Aquitaine, épousa en 1043 l’empereur Henri III de Germanie, fut couronnée à Rome le 25.12.1046 ; à la mort de l’empereur elle devint régente de l’empire selon le vœu de son époux, leur fils n’ayant que 6 ans.

Guillaume VIII d’Aquitaine (1024-1086) appelé Guy-Geoffroi succède à son frère Aigret et doit se battre pour prendre le dessus sur ses vassaux : il prend Toulouse, la Saintonge, et bat le duc d’Armagnac. Il commande la croisade en 1063. Il répudie ses deux premières épouses et la troisième lui donne un héritier : Guillaume IX. Ses filles font des mariages prestigieux ; née de son deuxième mariage, Agnès est reine de Castille pour avoir épousé Alphonse VI de Leon ; née du troisième mariage, Agnès est reine d’Aragon et de Navarre pour avoir épousé Pierre 1er d’Aragon.



2) La famille contemporaine d’Aliénor  Duché d'Aquitaine

Guillaume IX de Poitiers (1071-1127), grand-père d’Aliénor, né du troisième mariage de Guy-Geoffroi, succède à 15 ans à son père, d’où son surnom : « le jeune ».

Surnommé le Troubadour, il entretient à Poitiers une des cours les plus raffinées d'Occident. Il accueille à sa cour le barde Gallois Blédri ap Davidor, qui réintroduit sur le continent l'histoire de Tristan et Iseut. Il est lui-même un poète, utilisant la langue d'Oc pour ses œuvres, soit des poèmes mis en musique.

Guillaume consolide le duché d’Aquitaine : en s’opposant au comte d’Angoulême, en s’emparant des biens de l’Eglise pour financer sa campagne contre Toulouse dont il a acquis des droits par son mariage avec Philippa de Toulouse.

Il participe à la croisade en 1101 (dont il raconte dans ses poèmes sa captivité en Orient) et à la fin de sa vie à la Reconquista au côté de Alphonse le Batailleur roi de Castille et Leon, époux de sa sœur Béatrice.

La vie familiale du comte de Poitiers est elle aussi pleine de rebondissements. Succédant à son père à l’âge de 15 ans, il est marié à 18 ans à Ermengarde d’Anjou qu’il répudie 3 ans plus tard.

Il épouse en 1094 Philippa de Toulouse fille de Guillaume IV de Toulouse (la lignée des comtes de Toulouse descend de Guillaume de Gellone, noble important et personnalité militaire de l’époque carolingienne). Guillaume de Poitiers et Philippa de Toulouse ont 3 enfants : son héritier Guillaume X (père d’Aliénor), Agnès de Poitiers épouse de Ramire II d’Aragon et Raymond de Poitiers prince d’Antioche.

Le Troubadour abandonne sa femme Philippa, qui se retire dans le monastère de Fontevraud, et prend pour compagne Dangereuse de l’Isle-Bouchard, femme de son vassal le vicomte Aymeric 1er de Chatellerault.  Il n’hésite pas non plus à marier en 1118 son fils Guillaume X à Aénor de Chatelleraut (1103-1130) fille de Aymeric et Dangereuse.

Le père d’Aliénor Guillaume X duc d'Aquitaine (ou Guillaume VIII comte de Poitou), dit le Toulousain ou le Saint, né en 1099 à Toulouse et mort en  1137 est le dernier des comtes de Poitiers de la dynastie des Ramnulfides.  Il succède à son père le troubadour à l’âge de 28 ans.  Il s’allie contre la Normandie au comte d’Anjou Geoffroy le Bel (père du futur Henry II Plantagenet).

A sa naissance en 1122, Aliénor a donc dans son entourage le comte régnant, son grand-père le Troubadour, et sa maîtresse Dangereuse qui décèdent successivement en 1127 et 1152. Sa grand-mère Philippa est décédée depuis 1117. Elle fréquente aussi son oncle Raymond de Poitiers jusqu’en en 1136 date à laquelle il se marie à Antioche avec Constance, héritière de la principauté d’Antioche. 

Elle reçoit l'éducation soignée d'une femme noble de son époque à la cour d'Aquitaine, soit dans les différentes résidences des ducs d'Aquitaine : Poitiers, Bordeaux, le château de Belin où elle serait née, soit encore dans un monastère féminin. Elle apprend le latin, la musique et la littérature, mais aussi l'équitation et la chasse. 

En 1130, à l’âge de 8 ans, Aliénor perd sa mère et son frère Guillaume Aigret. Seule héritière du duché d’Aquitaine, elle reçoit le serment de fidélité des seigneurs d’Aquitaine pour son 14ème anniversaire en 1136.

 Elle perd son père qui décède le 9 avril 1137, jour du Vendredi saint, au cours d’un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Dans ses dernières volontés Guillaume avait  prié son ami le roi des Francs Louis VI le Gros de bien vouloir consentir à marier son fils Louis à sa fille aînée, Aliénor.


3) Reine de France en 1137

A 15 ans, le 1.8.1137 après le décès de son père, Aliénor épouse l’héritier du roi de France le futur Louis VII âgé de 17 ans, dans la cathédrale Saint-André de Bordeaux.

Une semaine après, le roi Louis VI le gros décède. Les jeunes mariés sont couronnés à Noël 1137 à Bourges, 4 mois après leur mariage ; ils ont moins de 20 ans. 

La cour de France est très différente de la cour de Poitiers, et Louis VII n’est pas un troubadour. En tant que fils cadet, il a été éduqué jusqu’à 11 ans pour la vie ecclésiastique. Cela explique la piété austère et rigoureuse qu'il manifestera durant son règne, très opposée aux mœurs de sa femme.

Aliénor rompt avec les us de la cour de France : elle se coiffe et se vêt d’une manière moins austère, elle fait venir des troubadours, leur fille Marie nait en 1145. Durant toute cette période, malgré son influence sur le roi, l'analyse des chartes montre une assez faible implication d'Aliénor dans le gouvernement : elle est là pour légitimer les actes. Toutefois, elle pousse Louis VII à prendre des décisions désastreuses, ce qui amène en 1146 le Pape Eugène à jeter l’interdit sur le Royaume de France. En conséquence, le roi prend la décision de se joindre avec sa femme à la deuxième croisade. Le pape approuve et permet au Roi des Francs de prélever un impôt sur les biens ecclésiastiques (le décime).


4) La deuxième CroisadeCroisade d'Aliénor et Louis VII

Louis prend alors la tête de 300 chevaliers d’une armée nombreuse et de dizaines de milliers de pèlerins. De son côté, Aliénor emmène toute une suite, les épouses de certains croisés, de nombreux chariots. Elle emmène aussi un troubadour connu, le fameux Jaufré Rudel (qui y laissera la vie). Le convoi est interminable et ralentit considérablement la croisade. Les Croisés se réunissent à Metz, ville impériale. Ils passent ensuite par la vallée du Danube, où ils retrouvent l’armée de Conrad III (« roi des Romains »). Ils prévoient de passer en Asie Mineure par Constantinople, où ils arrivent le 4 octobre 1147.  La découverte de l’Orient fascine Aliénor mais rebute Louis. Par ailleurs, l’expédition est marquée par la discorde entre les protagonistes et par les revers et défaites de louis VII.

En 1148, les Français rejoignent Antioche qui est aux mains de Raymond de Poitiers, oncle d’Aliénor ; celui-ci les reçoit une dizaine de jours avec beaucoup d’égards. En effet, Raymond espère obtenir l’aide de Louis VII, mais celui-ci refuse car il veut accomplir le pèlerinage à Jérusalem, but de son voyage. Après Jérusalem, le couple royal séjourne encore une année en Terre Sainte ; leur retour s’effectue sur deux navires différents dans des conditions périlleuses, pris dans une bataille entre les normands de Sicile et les Byzantins. Les bateaux sont séparés : Aliénor, délivrée par les Normands de Sicile, atterrit à Palerme et Louis en Calabre. La croisade est un échec.

Aliénor a déjà fait part de son intention de divorcer, mais le pape intervient pour réconcilier les époux ; Alix nait alors en 1150. Pourtant la réconciliation n’a pas vraiment lieu, d’autant plus que ce second enfant est encore une fille.

Louis VII se remariera plus tard une deuxième puis une troisième fois pour avoir enfin un fils : le grand Philippe Auguste (auguste parce que né au mois d’aout 1165).


5) Reine d’Angleterre

C’est le second concile de Beaugency qui trouve finalement une faille pour prononcer l’annulation du mariage le 21 mars 1152 : la consanguinité.

Aliénor reprend sa dot, rentre à Poitiers et manque par deux fois d’être enlevée. Ceux qui convoitent le plus beau parti de France sont Thibaud V de Blois et Geoffroy Plantagenet.

Thibaut de Blois (1130-1191) faisait partie d’une famille puissante dont un membre Etienne de Blois avait été Roi d’Angleterre de 1135 à 1154. Il fut nommé sénéchal de France par Louis VII, qu’il trahit pour son rival Henry II Plantagenet, puis revint vers Louis VII contre Henri II… Il épousera Alix de France (mon ancêtre) fille de Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine !!!

Geoffroy VI d’Anjou Plantagenet (1134-1158) est le frère cadet de Henry Plantagenet, tous deux fils de Mathilde l’Emperesse. Leur père avait par testament donné l’Anjou à Geoffroy à condition que Henri l’ainé soit roi d’Angleterre. Geoffroy mourut sans héritier ce qui permit à Henri de récupérer le Maine et l’Anjou.

C’est Henri Plantagenet, frère aîné de Geoffroy, qu’Aliénor épouse le 18.5.1152 à Poitiers : il a 11 ans de moins qu’elle. Il est duc de Normandie depuis 2 ans, et le roi d’Angleterre Etienne de Blois l’accepte comme son héritier car il est sans descendance.

Le 19.12.1154 Henri est couronné au côté d’Aliénor dans l’abbaye de Westminster. L’Angleterre s’agrandit de la moitié de la France : Normandie, Anjou, Aquitaine et Bretagne.

L’une des conséquences importantes sera que les Béarnais et leur vicomte ne se sentent plus aucun lien avec les nouveaux maîtres de la Gascogne : rompant en 1154 leur lien de vassalité avec le nouveau duc d’Aquitaine, ils font allégeance au Roi d’Aragon avec lequel ils avaient des liens anciens. En effet, les Béarnais avaient soutenu les Aragonais dans leurs guerres contre les musulmans, et s’étaient installés à Saragosse, Jaca ou Huesca. Ce lien avec l’Aragon disparaitra près d’un siècle après, en conséquence de l’épisode des Cathares, le Roi d’Angleterre obligeant Gaston VII de Béarn à redevenir son vassal.

 En 13 ans naissent 8 enfants. Enfants d'Alienor

Si Aliénor suit les déplacements du roi ou le représente, elle n’est pas « aux commandes ». Mais la cour d’Angleterre connait une importante floraison littéraire et le couple royal joue un rôle de mécène. En 1162 commencent les travaux d’une nouvelle cathédrale à Poitiers ; Aliénor accorde une charte de commune à Poitiers et agrandit l’enceinte de la ville et le palais.

En 1160, Aliénor jette les bases d'un droit maritime avec la promulgation des Rôles d'Oléron, lesquels sont à l'origine de la loi actuelle de l'Amirauté britannique, et du droit maritime moderne. Elle passe des accords commerciaux avec Constantinople.

Vers 1167, Aliénor commence à prendre des décisions importantes sans la confirmation de son mari, mais parce qu’il l’accepte. En 1170, dépassé par l’étendue de son domaine, Henri II proclame duc d’Aquitaine son fils de 14 ans Richard (1157-1199, qui sera appelé Cœur-de-Lion). Aliénor gouverne le duché en son nom et s’installe à Poitiers où elle crée une cour d’amour.


6) La révolte et la captivité

En 1173, avec l’aide de Louis VII (son ex-mari Roi de France), de Guillaume 1er Roi d’Ecosse, et de plusieurs barons anglais, Aliénor soulève ses fils Geoffroy, Richard et Henri le jeune (15, 16 et 18 ans) contre leur père Henri II. Elle tente de rejoindre Louis VII à Paris ; alors qu’elle voyage sous un déguisement de page, elle est faite prisonnière par les soldats de Henri II. Elle est emprisonnée pendant presque quinze années, d'abord à Chinon, puis à Salisbury et dans divers autres châteaux d'Angleterre.

En 1183   Henri le jeune se révolte contre son père, puis c’est le tour de Richard. Henri II fait revenir Aliénor sur le continent afin qu’elle ramène Richard dans l’obéissance.


7)  Aliénor et ses fils rois d’Angleterre


RichardCroisade de Richard

Après la mort d’Henri II le 6.7.1189, Richard devenu roi libère sa mère.

Elle parcourt alors l’Angleterre et gouverne au nom de Richard parti vers la 3ème croisade. Il a promis à Sanche VI de Navarre d’épouser sa fille Bérengère.

Richard part néanmoins rejoindre les croisés en partant de Marseille. C’est Aliénor qui accompagne la future épouse de Richard en plein hiver par les Alpes et l’Italie jusqu’à Messine où elle arrive fin mars 1191. Le mariage a lieu le 16.5.1191. Bérengère suit Richard en Palestine et reste à Acre jusqu’au 29.9.1192, date à laquelle elle embarque seule pour Brindisi puis Rome.

Richard est fait prisonnier par Léopold V de Babenberg, duc d’Autriche (qui a pris les commandes des croisés allemands). Richard reste captif jusqu’en février 1194. Aliénor et Bérengère négocient le montant de la rançon. Bérengère retourne en Gascogne. Elle sera la seule reine d’Angleterre à ne jamais venir en Angleterre.

En l’absence du roi légitime, Aliénor doit empêcher son plus jeune fils Jean sans Terre de trahir son frère. Elle réunit l’énorme rançon et durant l’hiver 1193-94 l’amène elle-même à Mayence à l’empereur Henri VI (qui avait succédé à son père Fréderic Barberousse). Aliénor se retire à Fontevraud. Richard de retour de captivité essaie de récupérer ses frontières et construit une grande forteresse sur la Seine : Château-Gaillard, épuisant le trésor royal. Blessé au cours d’une des nombreuses batailles qui l’opposent au Roi de France, Richard meurt le 6.4.1199.


Jean sans Terre

Cinquième et dernier fils du roi Henri II d'Angleterre et d'Aliénor d'Aquitaine, Jean n'était pas destiné à monter sur le trône ou à recevoir un quelconque territoire en héritage ; il fut donc surnommé Jean sans Terre par son père. Cela changea après la révolte ratée de ses frères aînés entre 1173 et 1174 et il devint le fils préféré d'Henri II qui le fit seigneur d'Irlande en 1177 et lui accorda des terres sur le continent. La mort de trois de ses frères (Guillaume, Henri et Geoffroy) et l'accession au trône de Richard Ier en 1189 en fit l'héritier, en compétition avec son neveu Arthur. Jean tenta sans succès de prendre le pouvoir alors que son frère participait à la troisième croisade mais il devint finalement roi en 1199.

Aliénor parcourt alors l’ouest de la France pour s’assurer de l’alliance avec l’Anjou, de la fidélité de l’Aquitaine, et fait allégeance au Roi de France Philippe II. Elle part en janvier 1200 en Castille pour ramener sa petite fille Blanche afin qu’elle épouse l’héritier du trône de France, le futur Louis VIII (ils seront les parents de Saint-Louis).

Aliénor se retire à Fontevraud mais Philippe Auguste saisit les domaines continentaux de Jean sans Terre pour cause de félonie. Aliénor doit fuir Fontevraud et est alors assiégée à Mirebeau près de Loudun par le duc de Bretagne (son petit-fils Arthur, fils de Geoffroy). Elle est alors délivrée par son fils Jean.

Aliénor se retire une dernière fois à Fontevraud, puis meurt à Poitiers le 31.3.1204, quelques semaines après la prise de Château-Gaillard.


8)  Aliénor et ses filles

Descendance d'Aliénor

Ses deux filles aînées sont françaises. Elles sont toutes deux mes ancêtres. Après le divorce de leurs parents, elles sont confiées à leur père, Louis VII roi de France remarié à Adèle de Champagne. Louis VII marie ses deux filles aux frères de sa femme :

Marie (1145-1198), fiancée à l’âge de 2 ans avec Henri de Champagne (de presque 20 ans son ainé), l’épousera seulement en 1164. Pendant ces 20 années de fiançailles, Henri a suivi la croisade avec Louis VII père de sa fiancée. Devenu comte en 1152 et beau-frère de Louis VII par le mariage de celui-ci avec sa sœur Adèle, Henri le libéral se voit confier des négociations avec les personnages importants d’Europe : les papes successifs, l’empereur Fréderic Barberousse, Thomas Becket, Henri II Plantagenet. Henri, chef suprême du comté de Champagne, a eu pour le seconder un nombre important de grands officiers et de conseillers, clercs ou laïcs de grandes valeurs. C'est sous son règne  que les Foires de Champagne prennent leur essor.

Comme sa mère Aliénor à Poitiers, Marie tient avec son époux une cour à Troyes, protégeant les écrivains dont Chrétien de Troyes. La plus grande partie de la bibliothèque personnelle du comte Henri le Libéral et de sa femme Marie de Champagne, est maintenant conservée à la médiathèque de Troyes. C’est la plus ancienne bibliothèque connue d’un grand prince féodal, témoin de la naissance de la culture courtoise et chevaleresque au XIIe siècle.

Preuve de la solidarité familiale, Philippe Auguste pour venger Henri le Lion (mari de sa sœur Mathilde Plantagenêt) voulut partir en guerre contre Fréderic Barberousse ; c’est alors qu’intervint Henri de Champagne qui le dissuada d’une entreprise hasardeuse.

Marie assure la régence du comté lorsque son mari repart en croisade de 1175 à 1778, puis après la mort de celui-ci assure la régence de leur fils mineur Henri. Elle assure encore la régence lorsque, à son tour, ce dernier part en croisade avec Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste ses oncles.

Marie se retire au couvent à la mort de son fils ainé Henri II de Champagne devenu roi de Jérusalem, laissant le pouvoir à son second fils Thibaut III.

Alix (1151-1198), deuxième fille de Louis VII et Aliénor d’Aquitaine, épouse Thibaut V de Blois veuf et de 20 ans son ainé ; rappelons qu’il avait tenté d’enlever sa mère Aliénor au moment de son divorce. Comme sa sœur, elle assure la régence du comté lors des croisades et durant la minorité de son fils. Aucun document ne rapporte de rencontre entre Alix et sa mère après le divorce de celle-ci. Précisons que Thibaut V de Blois est le frère de Henri le Libéral que l’on a vu ci-dessus : leur sœur Adèle de Champagne ayant épousé le roi Louis VII, celui-ci leur donna ses deux filles en mariage.


Ses trois filles avec Henri II Plantagenet

Mathilde (1156-1189), également mon ancêtre, est née à Windsor ; elle passa en 1160 sur le continent avec sa mère, revint en 1163 en Angleterre, puis, en 1167 à 11 ans, prit la mer pour épouser Henri le Lion duc de Saxe et de Bavière, veuf et de 30 ans son aîné. Trois nefs chargées de cadeaux et de courtisans accompagnaient Mathilde et sa mère Aliénor. Des noces somptueuses furent célébrées le 1.2.1168 à la cathédrale de Minden. Lorsque Henri le Lion part pour la Terre Sainte, elle le représente. Ils ont 4 enfants dont Otton V qui deviendra empereur du Saint-Empire.

Son époux Henri le Lion (de la dynastie Welf) est l’un des plus puissants des nobles germaniques. Il soutient son cousin Fréderic Barberousse (de la dynastie Hohenstaufen) lors de son accession au titre de roi des Romains en 1152. Mais leurs relations se détériorent et en 1176 Henri le Lion s’exile chez son beau-frère Richard Cœur de Lion. Nous avons vu plus haut qu’à cette occasion, la solidarité familiale se manifesta.

Mathilde et Henri sont les ancêtres directs de la reine Victoria.

Aliénor d’Angleterre (1162-1214) naît au château de Domfront en Normandie. Elle vécut en Normandie ou à Poitiers, dans la cour très raffinée de ses parents. Dès 1168, elle est fiancée à l’héritier du trône de Castille Alphonse VIII (de 7 ans son ainé). Après un voyage par mer, le mariage a lieu en 1170 à Tarazona. Elle apporte le duché d’Aquitaine qu’elle tient de sa mère, et Alphonse lui offre la juridiction de 14 villes, 16 châteaux et 9 ports. Le mariage entre les deux époux semble s’être transformé en un mariage d'amour. De toutes les filles d'Aliénor d'Aquitaine, celle qui porte son prénom sera la seule à laquelle les circonstances permettront de jouer le rôle influent que sa mère avait exercé sur la politique de son temps. Elle fut reine consort de Castille. Elle apporte dans son nouveau royaume la culture courtoise, la poésie et les troubadours que sa mère lui avait transmis. Elle aura aussi une influence sur les mariages de ses enfants.

Aliénor apportait à son mariage le comté de Gascogne, qu'Alphonse ne pourra toutefois jamais annexer à la couronne de Castille. Il ira jusqu'à envahir la Gascogne au nom de son épouse en 1205. L'année suivante, le roi Jean sans Terre accorde à sa sœur un sauf-conduit pour que celle-ci puisse lui rendre visite, pour ouvrir des négociations de paix.

Aliénor est la mère de Blanche de Castille. Selon la volonté de sa grand-mère Aliénor d'Aquitaine pour sceller la paix entre la France et l'Angleterre, l'une de ses petites-filles devait épouser le fils du Roi de France. Durant l'hiver de 1199-1200, Aliénor, quoiqu’octogénaire, se rend donc à la cour de Castille. Le 9 avril 1200, Blanche et sa grand-mère arrivent à Bordeaux, escortées d'une nombreuse députation castillane. Elles se rendent ensuite en Normandie auprès de Jean sans Terre et de Philippe Auguste. Le mariage ne peut avoir lieu sur le domaine du roi de France, le pape Innocent III l'ayant frappé d'interdit. Il est donc célébré le 23 mai 1200 en Normandie, dans le royaume, mais hors du domaine royal de l'époque.

Jeanne d’Angleterre (1165-1199) naît au château d’Angers. Elle fut éduquée à l’abbaye de Fontevraud. Le 13.2.1177 à Palerme, elle épouse le roi Guillaume II de Sicile, qui meurt âgé de 35 ans en 1189.

Veuve, elle rejoint son frère Richard Cœur de Lion en Palestine, qui lui propose d’épouser un prince musulman. Elle refuse.

Richard étant fait prisonnier, elle accompagne sa femme Bérengère de Navarre pour son retour en Aquitaine, et demande à Raymond VI de Toulouse de traverser le comté de Toulouse pour rejoindre Bordeaux. Elles sont reçues avec faste à Toulouse.  

Jeanne épouse en octobre 1196 à 31 ans Raymond VI comte de Toulouse âgé de 40 ans, qui a répudié sa femme Béatrice de Béziers. Ils auront Raymond VII (1197-1249), comte de Toulouse marquis de Provence.

Le catharisme se propage dans le comté de Toulouse. Comme ses sœurs et sa mère, Jeanne joue un rôle actif. En mars 1199, alors que son mari règle un litige en Provence, un vassal du Lauragais se révolte et Jeanne vient elle-même assiéger le château.

Très touchée par  la mort de son frère Richard, elle se rend en Angleterre auprès de Jean sans Terre ; sa mère Aliénor est alors en Castille. Jeanne se retire à Fontevraud, où elle décède lors de son accouchement.


8) Fontevraud, nécropole des Plantagenetsgisants

Bien que fondateurs d’une dynastie de rois d’Angleterre, Henri II et Aliénor sont inhumés sur le sol français, dans l’abbaye de Fontevraud.

L'abbaye de Fontevraud est fondée en 1101 ; elle dépend de Gautier de Montsoreau, vassal direct du comte d'Anjou. Son originalité est d’accueillir monastère pour homme et monastère pour femme sous la houlette d’une abbesse.

Les grandes familles de l'aristocratie locale, les comtes d'Anjou notamment, ne tardent pas à soutenir la fondation. Ermengarde d'Anjou est un des premiers membres de la famille comtale angevine à prendre l'abbaye en considération. Répudiée par Guillaume le Troubadour, elle avait épousé Alain IV de Bretagne. Après 10 ans de vie commune,  elle se retire à Fontevraud de 1112  à 1119, année de la mort de son mari. La transformation de l'abbaye en nécropole dynastique des Plantagenêt participera grandement à son développement. Y ont été ensevelis successivement de 1189 à 1254 : Henri II et Aliénor, leur fils Richard Cœur de Lion, leur fille Jeanne comtesse de Toulouse, son fils Raymond de Toulouse, Isabelle d’Angoulême femme de Jean sans Terre.

Après sa fermeture au moment de la Révolution, l’abbaye fut transformée en prison. C’est Prosper Mérimée qui releva l’abbaye et l’ouvrit au public vers 1850. On peut aujourd’hui admirer les gisants d’Aliénor, de Henri, et de Richard Cœur de Lion dans l’église abbatiale.



Conclusion

Dans l’image populaire, Aliénor garde aujourd’hui une grande place, admirée par les uns, honnie par les autres, rejetant à l’arrière-plan la place éminente d’administrateurs et de stratèges de ses époux, qui sont aussi tous deux mes ancêtres.

Sous Louis VII, la France s’enrichit, l’agriculture se transforme et on assiste à une renaissance intellectuelle. La monarchie, jusque-là itinérante, se fixe à Paris ; le début d’une administration centrale voit le jour avec un Conseil du Roi composé d’hommes éminents. En province, des prévôts collectent l’impôt, rendent la justice et lèvent des troupes. Louis VII soutient l’émancipation des communes, des serfs (l’abolition du servage ne sera définitive que sous Louis X en 1315). Malheureusement, il fallut la Guerre de Cent Ans pour que la France se remette de l’épisode calamiteux de la croisade et des pertes de territoires suite à ses démêlés conjugaux.

Henri II, énergique et brutal, offre un profil totalement opposé à celui de son rival français doux et pieux. Il restaura son autorité brutalement aussi bien sur le continent qu’en Angleterre. Il imposa de grands changements dans le système judiciaire anglais, modifia la situation économique et augmenta considérablement les revenus de la couronne ; il joua un rôle majeur dans la création d’une monarchie anglaise. En revanche la nature du gouvernement d’Henri II en Anjou et dans le sud de la France reste peu connue.

Il nous reste toutefois d’Aliénor le souvenir d’une femme exceptionnelle par sa beauté, son énergie, son intelligence, son goût de l’art. Aliénor sut avec courage s’imposer de son temps comme grande parmi les grands, malgré le rôle assigné aux personnes de son sexe même dans la classe dirigeante. On peut penser que sans l’Aquitaine d’Aliénor, l’Angleterre ne serait pas devenue la grande nation que nous connaissons aujourd’hui.



Catherine Meste-Nerzic, le 27/04/2021

 

 


 


Auteur : Catherine Meste-Nerzic.      Pages réalisées avec Kompozer.