Le site de généalogie de Catherine et Michel Meste



Mes ancêtres de Saint-Domingue


Catherine Meste-Nerzic (Sosa 1)



    Mon ancêtre Julio Felipe Mauricio DELOUSTAL (Sosa 12), né à Santiago de Cuba le 28.5.1848, élevé à Barcelone puis marié à Marseille le 2.8.1870, a vécu ensuite 16 ans à Tunis, puis 30 ans à Hanoï (Tonkin) de 1886 jusqu’à son décès le 9.10.1916. J’ai retracé les évènements majeurs de son existence dans notre livre.  
J’ai aussi retrouvé son ascendance paternelle dans le Quercorb jusqu’en 1670, près du château cathare de Puivert (Aude).  
Il me reste la partie la plus mystérieuse : Cuba. Pourquoi et comment son père Louis DELOUSTAL (Sosa 24), paysan du sud de la France, est-il parti pour cette ile espagnole ? et, ce qui m’importe ici, qui est Louise DEROUVILLE, sa mère ?
Concernant les raisons du départ de Louis Deloustal pour Cuba, je n’ai encore trouvé aucun document justificatif.



I - De la France à Cuba : comment son père Louis DELOUSTAL est-il parti à Cuba ?

            Louis DELOUSTAL embarque le 2.1.1839 à Bordeaux pour Santiago de Cuba ; son passeport le décrit ainsi : 22 ans, né à Carcassonne, 1,60m, visage ovale, menton rond, yeux châtains, cheveux noirs, nez pointu, profession tailleur d’habits.

La mère de Louis, Anne CONSTANS, embarque à son tour à Bordeaux pour Cuba le 25.2.1841 : 54 ans, née à Pieusse dans l’Aude,1,50m, visage ovale, menton rond, yeux châtains, cheveux châtains, nez relevé, profession marchande (plus tard Anne CONSTANS suivra encore son fils de Cuba à Barcelone).

Moins d’un an après son arrivée à Santiago de Cuba, Louis DELOUSTAL épouse dans la cathédrale San Tomas le 4.11.1839, Louise DEROUVILLE, âgée de 19 ans, fille de Carlos DEROUVILLE et de Maria-Luisa BOUNOMME. C’est dans l’acte de naissance presque 10 ans après, de leur fils Julio (appelé en France Jules Philippe Maurice), que nous apprenons que les grands parents sont de Gonaïves.       

   Ainsi, ce n’est pas à Cuba, en terre espagnole, qu’il faut chercher l’ascendance maternelle de Jules (Julio), mais à Saint- Domingue, colonie française jusqu’à la Révolution de 1789.


        Naissance de Jules Deloustal

 

II - De CUBA à SAINT-DOMINGUE 

A : les DEROUVILLE de Santiago de Cuba ?

            Alain Yacou écrit en 1987 : « Cette présence des colons français ou de leurs descendants à Santiago de Cuba au lendemain de la Révolution à Saint-Domingue a fait l’objet de nombreuses études. C’est là où ils étaient les plus nombreux, c’est là où les traces sont encore bien visibles et là où l’apport français a été cultivé et pour ainsi dire vivifié tout au long du XIXème siècle. » Reprenant Eugène Aubin 1910 il écrit : « Cuba étant l’île la plus proche, les français se répandirent dans toute la partie occidentale alors à peu près déserte ; ces colons nombreux se groupèrent au pied de la Sierra Maestra et de la région montagneuse qui borde la côte, depuis Santiago de Cuba jusqu’au-delà de Guantanamo. » Au total, près de 7 000 Blancs de Saint-Domingue ont fui à Cuba jusqu’en 1798.

            L'historien français Gabriel Debien fut le premier à signaler l'activité corsaire des réfugiés de Saint-Domingue à Santiago de Cuba, où le gouverneur Juan Bautista Vaillant Berthier, arrivé en 1799, veut développer la partie orientale de l'île, les terres étant trois fois moins chères que dans la partie ouest. Les Français de Saint-Domingue importent leur technologie à Cuba, où la production sucrière est encore sous-développée, contribuant à la faire tripler, de 14,3 millions de tonnes en 1790 à 41,7 millions en 1815.   Ils ont amené des esclaves mais en rachètent, précipitamment, anticipant l'abolition de la traite négrière en 1808. Entre 1792 et 1807, Cuba a importé autant d'esclaves qu'en deux siècles.

Le 11 avril 1809, les autorités espagnoles à Cuba expulsent les Français, en particulier les pirates et négriers français, car l'Espagne a aboli l'esclavage. Entre le 10 mai 1809 et le 17 août 1809, pas moins de 55 bateaux, appartenant pour la plupart à des pirates français, quittent Cuba Haïti et Cubapour se rendre à La Nouvelle-Orléans, chargés de réfugiés français de Saint-Domingue. Sur ces 55 bateaux, 48 viennent de Santiago de Cuba, dans la partie orientale de l'île, la plus dense en peuplement français. Mes DEROUVILLE sont restés à Cuba.

            Par internet, nous avons trouvé Sylvita DEROUVILLE qui vit (aujourd’hui 2018) à Santiago de Cuba : « ma cousine présumée » fait partie d’un groupe de chanteuses noires, les « Vocal Divas », qui chantent a capella. Nous sommes allés les écouter d’abord près de Bordeaux, puis près de Toulouse, et avons fait leur connaissance.  Ma « cousine » (qui porte le nom de sa mère) n’a pas fait les recherches que j’espérais aux archives de la cathédrale de Santiago. Je recherche toujours aujourd’hui les traces des DEROUVILLE à Cuba très difficilement

            Par contre j’ai pu rechercher aux archives d’Aix-en-Provence (ANOM) les DEROUVILLE de St Domingue d’avant la Révolution Française.

 

B : DEROUVILLE ou DERONVILLE à Saint-Domingue ? 

 1-La carte de Saint-Domingue de 1760 (ANOM) montre près de Gonaïves les territoires portant les noms des propriétaires : MELIN, ROUANNAIS, DERONVILLE, MARCHAND, TROPEE, BRUNET…, tous « habitants », près de la Rivière La Brande.

2-Sur les cartes actuelles d’Haïti on trouve le lieu : DERONVILLE.

3-Les actes notariés antérieurs à la Révolution, écrits à la main, ne permettent pas de trancher : DEROUVILLE ou DERONVILLE ? Les registres paroissiaux non plus. Même ambiguïté au niveau des signatures.

4-Moreau de Saint-Mery cite Pierre DEROUVILLE époux de Catherine MESLIN.

5-Le site Domingino (internet) répertorie quelques DERONVILLE et cite : Jean-Jacques DERONVILLE créole de Saint-Domingue, époux de Marie Catherine DERONVILLE ; Marie Françoise DERONVILLE épouse Chasset, créole de Saint-Domingue ; Laurent DERONVILLE (sans doute le fils de Louis DERONVILLE et Elisabeth ESCOT). Je les ai retrouvés dans les registres paroissiaux et les énumérerai plus loin.

      Ayant interrogé l’auteur du site, il nous a également nommé les héritiers de Marie Angélique DEROUVILLE (épouse GRENOT) pour une sucrerie à Maribarou : Pierre Ambroise Isidore GRENOT, Marie Anne GRENOT, Sophie GRENOT et Rose Elisabeth GRENOT veuve LAPICE.  Les LAPICE, émigrés à La Nouvelle-Orléans, y fondèrent la première grande sucrerie de Louisiane.

Dans ce qui suit, j’ai fait le choix de la graphie DERONVILLE sans différencier DEROUVILLE de DERONVILLE.

C : Ouanaminthe ou Gonaïves ?

            Les premiers DERONVILLE se trouvent dans le nord-est de l’île, près du Cap et de la frontière avec la partie espagnole, à Ouanaminthe,  Maribarou, Fort-Dauphin ou encore à Terrier-Rouge. Leurs descendants DERONVILLE se déplacent dans l’Ouest de l’île, à Gonaïves.

Cap Français, ou Le Cap

On trouve dans les registres paroissiaux des Archives des Territoires d’Outre-mer à Aix-en-Provence (ANOM) :

1-    Monsieur De ROUVILLE en 1714 : il fait baptiser le fils d’un de ses esclaves à Fort-Dauphin. On peut évaluer la date de sa naissance à 1690. Il est peut-être le père de certains de ceux qui apparaissent ensuite ? 

2-  Pierre DERONVILLE né à Terrier Rouge, qui se marie avec Catherine MELIN en 1757 à Gonaïves.

Pierre Gabriel DERONVILLE qui épouse Marguerite STERLIN en 1771, à Petite Rivière de l’Artibonite, quittant ainsi la région de Fort-Dauphin. Il décède en 1790 à 66 ans. Il est donc né en 1724.                                                                                                   

Pierre et Pierre Gabriel sont frères, nés à Terrier Rouge : c’est sur leurs actes de mariage respectifs que l’on en trouve la confirmation. Nés vers 1725, ils sont les enfants de Pierre DERONVILLE, capitaine des hussards de la milice des Gonaïves, et Louise DUBOIS. Voici leurs signatures :

Pierre Deronville
Gabriel Deronville

Catherine MELIN est la fille de Guillaume MELIN et Catherine ROUANNAIS, quarteronne. Elle est aussi la petite-fille de Pierre MELIN, capitaine de la milice des Gonaïves dont l’épouse Marie MONIER avait reçu une concession à la Brande de M. le chevalier de la Rochalard, Gouverneur Général des Isles-sous-le-vent, acte enregistré au greffe du siège royal de St Marc par M. Bourgeois, greffier, le 29.7.1726, et rappelé dans son procès-verbal d’arpentage par le sieur Le Philippomat le 21.3.1748.

Marguerite STERLIN est la fille naturelle de Louis STERLIN et de Marie MARY. Elle est la petite-fille de Jean STERLIN dit la plaine, chirurgien, né à Cadillac en Gironde, et de Marguerite CHELEAU-DESFORGES. Elle est la nièce de Nicolas STERLIN, marié à Bernarda del Monte Luna, et la cousine de Tiburcio STERLING leur fils, marié à Anna-Maria HEREDIA à Santiago de Cuba en 1809. Il s’agit de la famille du poète français de Heredia.

3-    Louis DERONVILLE né vers 1710, époux de Elisabeth ESCOT : leurs enfants naissent à Ouanaminthe. Au décès de Louis en 1777 à Ouanaminthe, on mentionne « mulâtre libre ». (Leur fille Louise, née en 1740 et morte en 1772 à Ouanaminthe, ne peut être la femme de Charles ROUANNAIS (1726-1772), qui marie sa fille Louise Catherine à Charles JUCHAULT en 1778 à Gonaïves, voir ci-après.) Dans les registres paroissiaux, Louis est appelé DE ROUVILLE.

4-    Jean DERONVILLE et Marie Françoise LEPAGE (née en 1725) : leurs enfants naissent à Ouanaminthe. En 1777, à la naissance de leur fille Marie Françoise Adélaïde, ils sont tous deux désignés « mulâtres libres ».

5-    Jean DERONVILLE et Marie Jeanne VINET, nés vers 1720 : leur fils Jean-Jacques, né en 1743 à Ouanaminthe, se mariera avec sa cousine germaine Marie-Catherine DERONVILLE en 1783 à Gonaïves (comme on le verra ci-dessous cf. 8). Jean est donc le frère de Pierre, l’époux de Marie Louise Rouannais.

6-    Marie Angélique DERONVILLE et Jean Charles GRENOT, né à Paris vers 1716 : leur fils Charles Bernard GRENOT, né en 1757 à Fort Dauphin, épousera en 1787 à Gonaïves Anne DERONVILLE (que l’on retrouvera plus loin); Charles Bernard est propriétaire d’une plantation de café près de Gonaïves en 1793. Comme mentionné plus haut, ses sœurs seront indemnisées en 1831 pour l’héritage d’une sucrerie à Maribarou. Les LAPICE de la Nouvelle Orléans sont leurs descendants (cf Domingino, mentionné ci-dessus).

Les signatures ci-dessous au décès du bébé Jean René Grenot sont celles de Jean Jacques DERONVILLE (signature : j. j. Deronville), et de son père (J. De Rouville) à côté de celle de Jeanne DERONVILLE inconnue.

Signatures Jean Jacques et son père Jean Deronville.

Ci-dessous la signature de Marie Angélique DERONVILLE épouse GRENOT, et celle de son époux au bas de l’acte de baptême de Rose GRENOT.

 Naissance de Rose Grenot

  
Jean-Jacques DERONVILLE est proche de Marie Angélique DERONVILLE : il est présent à Fort Dauphin en 1763 âgé de 20 ans au baptême de Marie Anne GRENOT, puis en 1773 au décès de Jean René GRENOT et enfin en 1778 au décès de Jean Charles GRENOT.

Lors du mariage à Gonaïves de Charles Bernard GRENOT et de Anne DERONVILLE, (née à Terrier Rouge, majeure d’âge, fille de Pierre DERONVILLE et de Marie-Louise ROUANNAIS), il est précisé qu’il existe un degré de consanguinité : on peut considérer que Marie Angélique, Jean (époux de Jeanne Vinet) et Pierre DERONVILLE (l’époux de Marie Louise ROUANNAIS, voir plus loin 8) sont frères et sœur. On trouve également sur cet acte la signature : G. DEROUVILLE ; aucun G. DERONVILLE n’est cité dans l’acte lui-même : est-ce la signature de Pierre-Gabriel, frère de Pierre (époux de Catherine MELIN) ?


 On trouve à Fort Dauphin les signatures des DERONVILLE : Jean-Jacques et son père Jean, Marie-Angélique, Marie-Jeanne (sans doute la fille de Jean Charles GRENOT née vers 1752), au baptême de François Casimir GRENOT puis lors de l’inhumation du père Jean Charles GRENOT le 5.9.1778.

Jean Jacques Deronville et Jean deRouville

 

 Marie Angelique Deronville

7-    Louise DERONVILLE et Charles ROUANNAIS (né en 1726 à Maribarou dans le nord de l’ile, frère de Catherine et Marie Louise ROUANNAIS) : je n’ai   trouvé ni leur acte de mariage ni la naissance de Louise.  Leurs enfants naissent à Gros Morne et à Gonaïves après 1759. Je montre ci-après que Louise est la fille de Pierre DERONVILLE née avant le mariage avec Marie Louise Rouannais.

En effet :

            - Je trouve à Fort-Dauphin en 1760 l'acte de baptême de Jean Pierre JOLLY, fils de Jean Mathieu Jolly et défunte Marie Louise DERONVILLE : le parrain est son grand-père Pierre DERONVILLE, la marraine est sa belle-grand-mère Marie Louise ROUANNAIS.

 

            -Par ailleurs l'acte notarié du 9.9.1778 pour le mariage à Gonaïves de Louise Catherine ROUANNAIS fille de Charles et Louise DERONVILLE précise que les enfants de Pierre DERONVILLE et Marie louise ROUANNAIS sont les oncles et tantes au paternel des enfants de Louise DERONVILLE et Charles ROUANNAIS.

 

Donc Louise DERONVILLE est la fille d'un premier mariage de Pierre DERONVILLE ; elle est la sœur de la défunte Marie Louise   épouse JOLLY (décès en 1760 et doit être née vers 1740.  

 

8-    Pierre DERONVILLE, dont je n’ai pas trouvé la naissance (au mariage de sa fille Marie Catherine, il est dit « de Terrier-Rouge »), marié à Marie Louise ROUANNAIS (sœur de Charles). Nous avons vu qu’il était le frère de Jean et Marie Angélique, nés vers 1715. Ci-dessous les signatures de Pierre et de sa femme Marie Louise ROUANNAIS avant son veuvage ; elle signe Rouannais Deronville ; une fois veuve elle signera : v.deronville.

Pierre Deronville et Marie Louise Rouannais

Les premiers enfants naissent à Terrier-Rouge près de Fort-Dauphin :  Marie-Jeanne-Pauline, Jean Baptiste dit Lavenant, Charles Nicolas dit Brézé, Louis dit Le Trieu,

 Derouville Lavenant

 et Anne Pétronille qui épousera en 1787 à Gonaïves Charles Bernard GRENOT, de Ouanaminthe, cité plus haut. Elle signe « annette ». A ce mariage, on trouve la signature de Pierre Gabriel DERONVILLE, frère de Pierre (époux de Catherine MELIN).

Annette Derouville     

Les enfants suivants naissent à Gros Morne, dont Marie Catherine qui épousera Jean Jacques DERONVILLE de Ouanaminthe cité plus haut, son cousin germain, d’où ses signatures  avant et après son mariage :

Marie Catherine Derouville Derouville Derouville

                                                                                            

9-    Alexis DERONVILLE et Marie-Louise BRUNET : ils ont une fille Françoise en 1777 à Ouanaminthe ; ils sont tous deux mulâtres libres ; l’acte de baptême est signé par Jean DERONVILLE (père de Jean-Jacques).  On retrouve sur les cartes de l’époque l’habitation des héritiers BRUNET près de Gonaïves.

10-  D’autre part, à Ouanaminthe, apparaissent après 1770 plusieurs naissances d’enfants naturels de Marie-Marguerite, Marthe, Marie-Renée, et Marie-Marthe, toutes DERONVILLE, sans que l’on puisse les rattacher aux 9 groupes précédents.

Parmi toutes ces naissances d’enfants légitimes ou naturels, on ne trouve aucun enfant se prénommant Carlos ou Charles.


D :  Quels sont les autres liens possibles entre toutes ces lignées ?

   a)    J’ai pu établir que Louise DERONVILLE/DEROUVILLE est la fille de Pierre (époux de Marie Louise ROUANNAIS) :  elle est donc la demi-sœur de Marie Catherine Geneviève et d’Anne DERONVILLE. Jean Jacques est donc le cousin germain de sa femme Marie Catherine, d’Anne et aussi celui de Louise épouse de Charles Rouannais.

       b)   J’ai pu établir que Charles, Marie Louise et Catherine ROUANNAIS sont frère et sœurs :

·         Le 20.4.1736,  naissance  à Gonaïves de Jean-Baptiste ROUANNAIS fils de Charles et Anne MARCHAND, la marraine est sa sœur Catherine dont je n’ai pas trouvé la naissance ; lorsque Catherine ROUANNAIS se marie le 5.10.1740 à Gros Morne, son père Charles est présent.  

·         le 13.2.1740 naissance de Jean Nicolas ROUANNAIS fils de Charles et Anne MARCHAND à Gros Morne, la marraine est sa sœur Marie-Louise ; lorsque Marie Louise ROUANNAIS se marie le 29.4.1742 à Gros Morne, sa mère Anne MARCHAND est présente, son père vient de mourir ; lorsque Marie Louise ROUANNAIS se remarie le 23.2.1754 à Gros Morne,  avec Pierre DERONVILLE son frère Charles ROUANNAIS est présent.  

·         le  22.1.1771, naissance de Marie Louise ROUANNAIS fille de Charles (1726) et de Louise DERONVILLE : la marraine est sa tante Marie Louise ROUANNAIS veuve DERONVILLE ; je n’ai pas pu trouver le mariage de Charles ROUANNAIS et de Louise DERONVILLE ; le premier enfant que je leur ai trouvé est  Pierre Charles, né le 18.1.1759 à Gros Morne ; le parrain est Pierre DERONVILLE (sans doute le grand-père, époux de Marie Louise ROUANNAIS), représenté par Louis de Labarthe (frère du premier mari de Marie Louise ROUANNAIS), et la marraine Anne MARCHAND veuve ROUANNAIS, quarteronne.

 

       c) Je n’ai pas pu établir les liens entre :    

 - les frères et sœur DERONVILLE : Pierre (époux de Marie Louise ROUANNAIS), Jean (époux de Jeanne Vinet/Vinette) et Marie Angélique (épouse Grenot) dont le fils épouse Anne Deronville fille de Pierre.

  - et les descendants de Pierre DERONVILLE et Marie MONIER : Pierre (époux de Catherine Melin) et  Pierre Gabriel (époux de Marguerite Sterlin). Les deux familles se retrouvent parrain et marraine ou témoin de mariage, mais il n’est pas question de lien de parenté dans les actes.

 

Les Rouannais et les Deronville

Par contre ils sont tous alliés aux Rouannais de Gros Morne et Gonaïves, et nés dans la province du Nord.

     d) En outre :

Les registres comportent de nombreuses lacunes. De nombreuses archives ont disparu à la Révolution.

On ne trouve aucun DERONVILLE dans la partie sud de l’île, ni même à Port-au-Prince ou Léogane dans le sud de la partie Ouest.

Les filles se marient très jeunes pour la plupart (14 à 21 ans), à des hommes plus âgés qu’elles de 10 à 20 ans.

Les mariages se font entre les descendants d’anciens de Saint Domingue, nés peu avant 1700 : Pierre DERONVILLE et Louise DUBOIS ; Charles ROUANNAIS et Anne MARCHAND ; Pierre MELIN et Marie MONIER ; Jacques JUCHAULT et Marie BOISSEL.

 

E : Les ascendances possibles pour mon Sosa Carlos Derouville

1-Carlos (père de Louise DERONVILLE épouse de Louis DELOUSTAL, mes ancêtres) porte un prénom qui est surtout fréquent dans la famille ROUANNAIS.

2- On sait que de nombreux colons de Saint-Domingue ont fui l’île à la Révolution pour devenir planteurs de café à Santiago de Cuba. Lors du mariage à Santiago de Cuba de Louise DEROUVILLE /DERONVILLE et de Louis DELOUSTAL, il est précisé que les parents sont de Gonaïves : donc ils y sont nés, avant 1790.

3-Quels sont les DERONVILLE de la région de Gonaïves en âge de donner un fils, soit nés vers 1760-70 ?  On peut penser :

- aux enfants de Marie-Catherine DERONVILLE et de Jean-Jacques DERONVILLE (petits-enfants de Marie Louise ROUANNAIS et Pierre DERONVILLE).

- aux enfants DERONVILLE : Louis (dit le Trieu) et de Charles Nicolas (dit Brézé), aussi petits-enfants de Marie Louise ROUANNAIS et Pierre DERONVILLE.

- aux enfants de Pierre-Gabriel DERONVILLE décédé en 1790, époux de Marguerite STERLIN. Au mariage de Louise DERONVILLE (Sosa 25) en 1839, est témoin Francisca ESTENLIN. Ce pourrait être Francisca STERLING del Monte, petite fille de Jean STERLIN dit la plaine, et fille de Maria de HEREDIA et de Tiburcio STERLING, cousin de Marguerite STERLIN.

- aux enfants de Pierre Guillaume DERONVILLE et de Pierre DERONVILLE, eux-mêmes enfants de Catherine MELIN et Pierre DERONVILLE.

Les ancêtres possibles de Carlos Derouville

Je n’ai malheureusement trouvé aucune naissance d’un Carlos/Charles DERONVILLE parmi les actes de naissance de Saint-Domingue à Aix-en-Provence.

Il faudra explorer les archives de Cuba : Charles DERONVILLE doit y être arrivé jeune homme avec ses parents et s’y être marié.


III - D’où viennent les habitants de Saint-Domingue ?

  J’ai trouvé à Saint-Malo vers 1700 de nombreux : BONHOMME/BOUNOMME, STERLIN/STERLING, et même quelques ROUANNAIS-ROUENNEZ ! De nombreux Acadiens ont rejoint Saint-Domingue ; ils ont des liens privilégiés avec Saint-Malo : on peut penser aux de ROUVILLE du Canada.

    Venus de France Jean Charles GRENOT, né à Paris (paroisse st Roch) et sa femme   Marie Angélique DERONVILLE venue de Ronville (Nord-Pas-de-Calais) d’après Domingino. Les frères de Marie Angélique, Pierre et Jean viendraient donc de France eux-aussi.

  J’ai retrouvé l’origine du premier mari de Marie-Louise ROUANNAIS : Louis de la BARTHE, fils d’écuyer Jean, sieur de l’Isle et de Françoise LARMANDIE du LONGA, mariés en 1704 au château de Campaigne en Dordogne. Louis de la BARTHE est venu à Saint Domingue avec ses deux frères : autre Louis et Félix. Le quatrième frère, Marc, épousa à Paris Marie Magdeleine BART, fille du célèbre corsaire Jean BART.

    Capesterre en Guadeloupe : On trouve dans cette ville Richard/Charles Rouannay, chirurgien (né à Saint-Christophe de Jean Rouannay et Jeanne Lesné) qui épouse en 1684 Marie/Marguerite Bourgeois, peut-être mulâtre, fille de Jean Bourgeois et Marguerite Sauvage. Richard est quelquefois appelé Charles, et Marie quelquefois Marguerite, et une fois très peu lisible semble-t-il : muleide.

J’ai trouvé les naissances de 6 enfants de 1690 à 1702 pour Richard et Marie ; deux autres Rouannay, présentés comme   fils et fille de Richard seraient peut-être nés à Saint Christophe (Elisabeth inhumée en 1719 sans la présence de Richard et Jean qui épouse Marie Godefroy en 1713). Marie Bourgeois décède en 1704.

Je ne retrouve ensuite en Guadeloupe que Joseph Rouanès, métis libre fils de Jean qui épouse Agathe carteronne fille de Ursule métisse ; ils ont une fille Pauline née en avril baptisée en juin 1775. Agathe décède en novembre 1779 à 28 ans.

Hypothèse : Richard/Charles   Rouannay (né vers 1664 à Saint-Christophe) pourrait-il avoir un lien avec l’habitant du Gros Morne à Saint Domingue , dont les enfants naissent près de Fort-Dauphin entre 1720 et 1739,  et qui décède en 1742 ?

    Saint-Christophe, « berceau de la colonisation des Antilles par la France, l’Angleterre et les Pays Bas » dans Wikipedia.

En 1625, des protestants français et anglais se partagent l’île sous la gouvernance des Anglais : un traité de partition est à l’origine d’une occupation pacifique de l’île. Mais les Hollandais, installés dans l’île voisine de saint Eustache, viennent brouiller les pistes.

Le flibustier Pierre Belain d’Esnambuc obtient de Richelieu la création de la Compagnie de Saint Christophe. Mais les Espagnols dispersent les occupant de Saint Christophe en 1629, qui à leur tour chassent les espagnols de l’île de la Tortue qui devient leur base, le lieu de tous les échanges de la flibuste.

(Le mot flibustier apparaît en français pour la première fois dans les années 1630 sous la forme « fribustier », du contact des aventuriers français avec les corsaires hollandais et zélandais, en néerlandais les « vrijbuiter » : « libre faiseur de butin ». On estime qu'il y aura jusqu'à 1 500 flibustiers actifs, définis   en 1677 par Monsieur de Pouancey qui était l'un d'eux. Wikipedia)

    La côte Nord de Saint Domingue, désertée par les espagnols (qui se concentrent dans la partie est d’Haïti) est peuplée de bétail devenu sauvage ; les boucaniers s’en emparent pour vendre de la viande séchée élément important de l’alimentation des nombreux navires.

En 1665, un ancien boucanier Bertrand d’Ogeron est nommé gouverneur ‘de l’Isle de la Tortue et Coste Saint Domingue’.

« Au terme d'un XVIIe siècle de sang et de feu, la Tortue s'assagit. Les centres de la flibuste se déplacent pour laisser la place au développement de l'économie de Saint Domingue, qui deviendra le « grenier à sucre » de l'Europe. Ses exportations dépasseront en valeur celle de l'Amérique proche ». Wikipedia

            Le peuplement est assuré par le transport de centaines d’engagés et de femmes que Bertrand Ogeron et ses successeurs font venir d’Europe. Les engagés, en échange du voyage, devaient travailler 3 ans (on les appelait les « 36 mois ») ; au bout de cette période ils étaient libres. Au début, les premiers colons recrutaient des gens de leur province qu’ils faisaient venir eux-mêmes. Cela devient un objet de commerce lucratif pour les capitaines marchands qui vendent leur cargaison humaine pour trois ans. L’engagement auprès des boucaniers est très éprouvant, les valets sont traités sans pitié. Les trois quarts meurent. Au terme des trois ans, ceux qui restent en vie rejoignent la flibuste car n’ayant pas gagné assez pour subsister autrement. Rares sont ceux qui s’en sortent. « On [en] tirait les mêmes services qu’on aurait pu tirer des esclaves en vertu de bons contrats que ces malheureux avaient passé par devant notaires avant leur départ de France ». Pierre François Xavier Charlevoix, Histoire de l’île espagnole ou de Saint-Domingue, Paris, J. Guérin, 1730, vol. 2, p. 9.

Les officiers et les fonctionnaires sont logés en ville, ne vivent pas en famille et nombreux sont ceux qui décèdent durant leur séjour dans l’île. J’ai rencontré les nombreux décès de chirurgiens, arpenteurs, soldats, en explorant les registres paroissiaux de Saint-Domingue.

Le ‘problème’ de la population féminine blanche : elle constitue le quart des hommes libres mais seulement 10% de la population blanche totale en 1681, passant à 44% en 1700. Des contingents de femmes sont donc envoyés de la métropole ; peu arrivent en tant qu’engagées. Le problème de leur recrutement a été le sujet de maints courriers des gouverneurs des îles avec les autorités métropolitaines concernant la « qualité » des immigrées …

Recensement de la population de Saint-Domingue en 1700 (document Philippe Hrodëj)

CATÉGORIES

Le Cap

Port-de-Paix

Léogane

TOTAL

Hommes

449

133

554

1136

Femmes

373

125

410

908

Garçons

408

95

335

838

Filles

342

103

307

752

Garçons à louage

114

78

201

393

Filles à louage

22

10

15

47

Engagés

241

84

138

463

Hommes portant l’arme

854

295

967

2116

 

La colonisation de Saint Domingue par Philippe Hroděj, « Les premiers colons de l’ancienne Haïti et leurs attaches en métropole, à l’aube des premiers établissements (1650-1700) », Les Cahiers de Framespa, 2012.

« Au moment où les premiers établissements durables voient le jour dans ce qui va devenir la partie française de Saint-Domingue, les colons ne sont qu’une poignée. Il est nécessaire d’abord de raisonner sur le nombre, source d’isolement, renforcé par le relief qui compartimente les différents quartiers, par l’éloignement des Petites Antilles, par des liens commerciaux longtemps aléatoires et par le fait dominant que sont les guerres quasi continues, du fait des délais d’application des traités et de l’anticipation dans les conflits. L’extraordinaire mortalité de la première année est un facteur supplémentaire : le climat est hostile et maître du jeu. Le résultat est révélateur de la propension d’une population à reconstruire des repères, à se rapprocher des autres nations européennes et provoquer des fusions inattendues : Français, Anglais, Espagnols se connaissent et connaissent parfaitement les marchands hollandais qui sont souvent les seuls à pouvoir assurer le ravitaillement. Entretenir un lien ne vaut donc que pour celui qui survit dans un univers encore neuf. Cette population est hétéroclite. De l’engagé pour le pétun ou la chasse, à l’officier, du dégradé à l’Habitant, missionnaires, boucaniers, flibustiers ou forbans : autant de parcours qui diffèrent à l’origine pour se rencontrer au terminus américain. Un fait marquant, l’incroyable facilité à se déplacer sur de grandes distances.


                           Le mêle Saint Nicolas à Saint Domingue



À ce sujet, traiter de l’Atlantique sans y mêler l’océan Indien et la mer du Sud n’a aucun sens, tant ces zones liquides sont familières et deviennent des prolongements naturels. Reste l’attachement au pays maintenu par les liens familiaux. Distendus, sans doute aussi occultés par les archives publiques, ils demeurent. Le besoin d’argent, l’obligation pour le colon d’avoir une personne de confiance de l’autre côté pour gérer ses affaires, en retour, l’intérêt d’avoir déjà quelqu’un sur place en Amérique pour y envoyer un cadet. Et puis, toujours, souvent (même si au fil du temps la chose est vue de loin en loin), il y a le projet, l’espoir d’un retour, fortune faite. »

Philippe Hroděj est maître de conférences et Directeur du Département Histoire de l’Université de Bretagne-Sud, Laboratoire CERHIO CNRS UMR 6258. Recherche en cours : course et piraterie xviie et xviiie siècle, liens entre l’océan Atlantique et l’océan Indien, économie et action de l’État à Saint-Domingue sous Louis xiv

 

 

IV - Description du Saint-Domingue des DERONVILLE au XVIIIème siècle

Ci-dessous : une habitation à Saint Domingue :

 Habitation à Saint-Domingue


Une bible : le livre de Moreau de Saint-Méry (1797), dans lequel l’auteur donne une description précise topographique, économique et humaine des différentes paroisses de Saint Domingue au XVIIIème.

Ci-dessous deux documents des Archives d’Aix en Provence (ANOM) : la carte des Gonaïves, avec les habitations Melin, Deronville, Marchand ... et la reproduction d'une carte manuscrite du nord de l’île de Saint Domingue (cartes du XVIIIème) :

Gonaïves en 1784


Carte du nord de l'île Saint-Domingue

Elles permettent de mieux suivre ce qui suit :  les résumés des descriptions par Moreau de Saint-Méry des Gonaïves, de Terrier Rouge, du Gros Morne et de Ouanaminthe où vécurent les DERONVILLE.    


Paroisse des Gonaïves (Quartier de Saint-Marc, Partie Ouest de l’ile) pp 97-116 Tome II

Trouvé sur internet : « La Brande, quel nom n’émeut pas quiconque a vécu aux Gonaïves, et si cher à tous autres parce qu’elle est notre Pétionville. Située à quelques 6 lieues de la ville et bâtie sur une colline en pente. Partout où l’on est, la vue se repose sur un panorama grandiose qu’offrent les attrayantes perspectives du plus beau paysage qu’on puisse imaginer… » Mamou, juillet 1919.

A propos de Gonaïves : « Ce lieu qui porte un nom indien…avait …un nombre de boucaniers venus de la Tortue assez considérable pour qu’en 1663 les Espagnols de Santiago de Cuba crussent utile de l’attaquer ».

Le 20.7.1718 les administrateurs, pour de nombreuses raisons, rattachèrent les Gonaïves à la Paroisse de l’Artibonite. En 1737, des espagnols essayèrent de s’y établir mais en furent chassés par M. Rossignol de la Chicotte, capitaine de cavalerie à l’Artibonite. A cette époque, on comptait déjà 27 indigoteries.

En 1744, on comptait 40 à 50 habitations assez considérables ; l’ouverture en 1750 de la route du Cap à Port-au-Prince passant par les Gonaïves amena l’essor de cette paroisse.

La paroisse des Gonaïves est constituée d’une plaine côtière ceinturée de montagnes, d’où descendent des rivières : au NNE la Brande ; à l’E la Grande Rivière ; au SE la Petite Rivière ; au S la rivière de la Croix. Toutes se réunissent au centre de la paroisse dans la rivière la Quinte qui se jette dans la mer. Ces rivières soumises au climat tropical sont très souvent à sec, ou sujettes à des crues parfois dévastatrices.

La barrière montagneuse au nord et à l’est détermine le contraste entre : la partie nord de Saint Domingue, exposée aux vents alizés, et la partie ouest abritée de ces vents et soumise à un effet de foehn.

Dans la plaine, on trouve vers 1780 3 importantes sucreries, Sucrerie à Saint Domingue135 indigoteries et 15 plantations de coton ; le maïs y est de belle venue. Dans les gorges et plusieurs parties de montagne, on trouve 50 plantations de café. Les montagnes fournissent l’acajou ; on y trouve aussi le bois de charpente nécessaire pour la construction des maisons, étant donnée la fréquence des tremblements de terre. Les « mornes » qui bordent la baie sont d’une stérilité absolue, couverts de cactus. L’élevage a été réduit par les progrès de la culture ; on ne trouve plus qu’une seule « hatte » (élevage de bétail), vers 1780.

Les vaisseaux de premier rang peuvent mouiller dans la magnifique baie de Gonaïves. Des liaisons régulières permettent d’approvisionner le Cap en complément des transports routiers.

Des mangroves occupent la majorité de la côte basse ; quelques salines ont été créées au sud-ouest du bourg.

Le bourg lui-même, d’abord installé au confluent de la Brande et de la Grande Rivière en 1738, fut construit plus bas et plus près de la mer en 1751. En 1784, fut construit un canal amenant à la ville l’eau potable d’une source des habitations BIGAULT et MELIN (à l’entrée de l’habitation Soleil).

La population des Gonaïves était en 1730 de : 90 blancs, 14 affranchis, 294 esclaves ; elle atteint en 1783 les chiffres de : 940 blancs, 750 affranchis, 7500 esclaves.

La milice, de 60 hommes en 1718, atteint en 1783 l’effectif de 196 blancs et 158 affranchis.


Paroisse de Terrier Rouge (quartier du Fort-Dauphin, partie nord de l’ile) pp176-186 Tome I

Cette paroisse, bordée au nord par la mer, est « pour ainsi dire toute en plaine et ne renferme qu’une très petite portion montagneuse au sud ».  La sécheresse y sévit, néanmoins on y trouve des sucreries de faible rendement.

Au centre de la paroisse, le bourg lui-même ne comporte qu’une vingtaine de maisons éparses et médiocres pour les quelques petits détaillants.

C’est au nord, dans le canton de Jaquezy, que se concentrent les terres fertiles avec des sucreries. Mais c’est en bordure de mer, que se trouve le plus intéressant pour la paroisse : des mangroves fournissent le tan et des huitres. Trois embarcadères y sont possibles, mais le passage entre les nombreux ilots est délicat et les passages sont affermés. Des entrepôts sont construits aux embarcadères ; les chaloupes des navires d’Europe mouillés au Cap, y viennent chercher l’approvisionnement nécessaire. Souvent aussi, c’est par la route que se fait le transfert vers le Cap.

C’est sur cette côte que Christophe Colomb aborda le jour de Noël 1492.

C’est à Terrier Rouge que furent naturalisés par les Jésuites les premiers caféiers de l’île, dont les graines servirent à toutes les autres plantations.

On compte vers 1760 240 blancs, 160 affranchis et 5500 esclaves ; il y a une compagnie de dragons et une de fusiliers, composées de 90 blancs, et une troisième de 70 dragons-mulâtres et nègres libres.

 

Paroisse d’Ouanaminthe (quartier du Fort Dauphin, partie nord de Saint-Domingue) pp160-168 Tome I

Cette paroisse porte un nom indien, et faisait autrefois partie de l’immense quartier de Bayaha dépendant de Fort-Dauphin. Elle est limitée au sud par la frontière espagnole. C’est une paroisse de plaine, l’une des plus arrosées de la colonie. L’un des cantons, les hauts de Maribarou (encore un nom indien), très fertile, porte 11 sucreries Récolte de canna à sucre à saint Domingueavec 4 moulins à eau ; il se situe entre la rivière de la petite Artibonite et l’habitation ESCOT, qui borne au sud le bourg de Ouanaminthe. Les sols sont excellents le long de la Rivière Massacre qui forme la frontière espagnole. Les montagnes renferment des mines de fer et d’or et des bois formés de nombreuses essences, dont certaines très intéressantes.

Le bourg doit toute son existence aux échanges qui s’y peuvent faire avec les Espagnols. D’autre part l’air fort sain et l’approvisionnement en denrées alimentaires de premier choix y firent installer un hôpital militaire pour les scorbutiques et les convalescents.

Dans les années 1760, la population est de 280 blancs, 270 affranchis, 7000 esclaves. 308 hommes d’armes en deux sections, l’une de blancs l’autre de gens de couleur.

Sur les hauts de Maribarou, « le 7.6.1785 à 2 heures de l’après-midi à la suite d’un vent furieux suivi de pluie, vint une grêle dont on ramassa des grêlons aussi gros que le poing, ceci durant 28 minutes ».

« Le 2.10.1764 la foudre tua M. de Belleville, procureur du Fort-Dauphin, M.Chaillou, ci-devant notaire, et un charpentier au bourg de Ouanaminthe. »

 

 Paroisse du Gros Morne (quartier du Port-de-Paix, partie nord de l’île) pp707-710 Tome I

Tous ses cantons sont montagneux, sauf là où coulent les rivières qui se jettent dans la mer vers Port-de-Paix. C’est le long de la vallée « Trois Rivières » que l’on a construit « le grand chemin ». Cette rivière ne s’assèche pas.

On compte 90 indigoteries et une trentaine de « caféteries ». Avant que la route ne soit établie, à cause des communications difficiles, il n’y avait que 43 habitants et 482 « nègres ». A la fin du siècle, la population était de 450 blancs, 280 affranchis, 4000 « nègres ». La milice compte 100 blancs et 90 affranchis.

 

V - Il reste le sujet le plus épineux :  l’esclavage et les esclaves

La situation jusqu’à 1789

            L’arrivée d’une main-d’œuvre esclave venue d’Afrique habituée au climat tropical fut justifiée tout d’abord par la disparition de la population indienne autochtone du fait des espagnols (et avant l’arrivée des français), ensuite par la pénurie d’engagés « blancs » (moins résistants au climat), et enfin par l’exemple des autres colonies que le système faisait prospérer. Les français ont suivi le mouvement avec réticence car Louis XIII n’y était pas favorable. Les bateaux négriers amenaient des noirs, appelés suivant leur provenance : congo, guinée….

            La production de captifs était une affaire quasi exclusive des Africains. L'écrivain et journaliste américain Daniel Pratt Mannix (1911-1997) estime que seuls 2 % des captifs de la traite atlantique furent enlevés par des négriers blancs. Dès 1448, le roi du Portugal Henri le Navigateur avait donné l'ordre de privilégier l'établissement de relations commerciales avec les Africains. Selon une enquête de M. Gillet établie en 1863 dans la région du Congo, seuls quarante esclaves environ, sur un total de 2571, étaient prisonniers de guerre ou bien avaient été pris et vendus par des peuples voisins. On comptait 1519 « esclaves de naissances », 413 personnes avaient été vendues « par des gens de leur propre tribu sans avoir, selon (elles), commis aucun délit ». Enfin 399 avaient été condamnées (pour infidélité, adultère, vol, crimes et délits divers, commis par eux ou par certains de leurs proches). En 1724, dans la région du fleuve Sénégal, 50 captifs avaient été traités pour :

C'est ce que valaient les 50 captifs pour les négriers africains. Par contre, le négrier français convertissait le tout en monnaie fiduciaire française et ces 50 captifs lui coûtaient 2 259 livres tournois. Ainsi chaque captif coûtait en moyenne 45 livres.

            Après le transport dans des conditions inhumaines l’esclave était acheté par un colon (ou habitant) et estampé (marqué au fer rouge) aux initiales de son propriétaire. Les emplois étaient variés, je ne veux pas ici détailler ce chapitre ; pour résumer, il y avait les « nègres à talent » qui connaissaient un métier (forgeron, boulanger etc.), les nègres en pleine forme physique employés à la sucrerie, les domestiques qui travaillaient dans l’habitation avec plusieurs grades (mais le plus souvent étaient choisis des créoles, nés à Saint Domingue,  enfants des noirs venus d’Afrique), les moins vigoureux étaient employés aux jardins et à des taches moins essentielles.

            Etant donné le faible nombre de femme blanche, Marché à Saint Domingueles hommes blancs « se mettaient en ménage » avec des esclaves noires, et naissaient de nombreux enfants illégitimes esclaves, mais créoles, et de couleur plus pâle que celle de leur mère.

Le métissage et donc la couleur de peau qui marquent l’origine des individus sont présents jusque dans les registres paroissiaux, qui ne concernent que les libres. On y trouve les termes : mestive, mulâtre, griffe, quarteron, tierceron, nègre, associés à l’adjectif libre. Le registre des libres n’est pas ouvert aux esclaves.

Le vocabulaire de Moreau de Saint-Méry est très précis :

- l’enfant d’un blanc et d’une noire (ou vice versa) est un mulâtre (1/2 de sang noir)
- l’enfant d’un blanc et d’une mulâtre est un quarteron (1/4)
- l’enfant d’un blanc et d’une quarteronne est un métis (1/8)
- l’enfant d’un blanc et d’une métis est un mamelouk (1/16),
- l’enfant d’un blanc et d’une mamelouk est un quarteronné (1/32),
- l’enfant d’un blanc et d’une quarteronnée est un sang-mêlé (1/64) ; le blanc est alors mésallié
- l’enfant d’un blanc et d’une sang-mêlé est un sang-mêlé (1/128)

Le racisme n’a pas de limite !

De nombreux noirs ont été affranchis par leurs « maîtres » ; noirs libres, ils ont pu épouser des métisses et leurs enfants sont les « libres de couleurs ». L’arrière-grand-père d’Alexandre Pouchkine, le grand poète russe, se nomme Alexandre Hannibal, noir éthiopien, ingénieur militaire devenu général, anobli vers 1720 par le tsar Pierre le Grand, il épousa une jeune fille de la noblesse russe.

Plus nombreux sont les libres de couleur enfants d’un blanc et d’une noire libre ou affranchie, ou d’un blanc et d’une quarteronne libre ; certains ont eu un destin remarquable : Alexandre Dumas, le Chevalier de Saint George.

Néanmoins, sous l'Ancien Régime, les gens de couleur libres ont été rigoureusement limités dans leurs libertés ; ils ne possédaient pas les mêmes droits que les Français blancs. Pourtant, la plupart des gens de couleur libres ont soutenu l'esclavage, au moins jusqu'à la période de la Révolution Française. La reconnaissance de l'égalité des droits pour les gens de couleur libres fut l'un des premiers "problèmes" qu'eut à affronter la Révolution Française.

Dans le royaume de France, l'édit du 3 juillet 1315 de Louis X le Hutin proclama que le sol de France affranchissait quiconque y posait le pied. L'application de l'ordonnance royale demeura cependant strictement circonscrite au territoire européen, ne remettant à aucun moment en cause la participation active de Français au commerce triangulaire et à la mise en place d'une économie esclavagiste dans ses colonies antillaises. En 1685, à l'initiative du ministre de la marine Colbert, une ordonnance, connue par la suite sous le nom de Code noir, est prise pour leur donner un statut juridique. Les parlements refuseront de l'enregistrer, comme contraire aux principes du droit français. Pourtant cette ordonnance a plusieurs mérites : elle reconnaît aux noirs une personnalité juridique, oblige à les baptiser, à les instruire, leur permet de se marier, donc de contracter, de se constituer un pécule et de racheter leur liberté, elle interdit aux maîtres de les maltraiter et de les faire travailler les dimanche et jours de fêtes, leur donne le droit de se plaindre en justice contre leurs maîtres, leur permet d'agir et de témoigner en justice, interdit de séparer les familles en vendant séparément un de leurs membres. Elle donne aux maîtres un droit de correction qui nous paraît très dur, mais qui existait aussi pour les soldats et les domestiques. Elle interdit aux maîtres les relations sexuelles avec les esclaves, sauf dans le cadre du mariage qui n'est pas interdit entre personne libre et esclave. L'esclavage reste strictement limité aux îles françaises d'Amérique, c'est-à-dire aux Antilles françaises, il reste proscrit ailleurs, en particulier en Nouvelle-France et en Louisiane. Il sera appliqué aux Antilles en 1687, puis étendu en Guyane en 1704, à la Réunion en 1723, et enfin en Louisiane en 1724. Néanmoins, beaucoup de maîtres d'esclaves ne le respectent pas.

Après 1789

L’idéologie ségrégationniste s’imposa à Saint-Domingue par la législation locale dans les années 1760-70. Les colons jugés mésalliés avec des femmes de couleur furent rejetés dans la catégorie des sang-mêlés : l’alliance était notée d’infamie. Mais, parvenus à ce point de discrimination, de nombreux colons souvent nobles, dont la femme et les enfants étaient de couleur, préférèrent quitter la colonie et se réfugier dans le royaume pour échapper à la ségrégation. Or, en France, où le préjugé de couleur était moins prégnant, ces familles de riches colons métissés furent favorablement accueillies et leurs enfants se marièrent noblement ou richement, ou les deux à la fois. Cependant, cette fuite de colons discriminés est révélatrice d’un état de division avancé que connaissait la classe des maîtres à Saint-Domingue.

            A Saint-Domingue, dès le mois de novembre 1789, des assemblées coloniales furent créées dans les trois provinces de la colonie. Les assemblées primaires furent réservées aux blancs et les libres de couleur en furent exclus, parfois avec violence. Dans la province du Sud, le juge Ferrand de Beaudière, qui prit la défense des libres de couleur réclamant leur participation aux assemblées coloniales, fut assassiné par le chef du parti ségrégationniste, Valentin de Cullion, le 19 novembre 1789. Cet assassinat pour l’exemple devait convaincre les blancs de renoncer à aider les libres de couleur.

Vincent Ogé, membre de la Société des Citoyens de couleur de Paris, décida de rentrer à Saint-Domingue pour faire appliquer le décret du 8 mars 1790 dans l’interprétation favorable à l’égalité des droits. Il réussit à quitter la France via Londres, malgré le contrôle des Chambres de Commerce sur les allées et venues des gens de couleur, et atteignit Saint-Domingue en octobre 1790. Avec ses amis, il réclama l’application du décret du 8 mars au gouverneur Peynier qui ne l’interprétait pas comme lui et niait les droits des libres de couleur que l'on désignait dans la langue du préjugé de couleur par les termes insultants de mulâtres ou sang-mêlé. L’Assemblée coloniale du Cap répondit à la demande d’Ogé par la répression. Ogé et ses amis, qui avaient pris les armes pour se défendre, parvinrent à se réfugier dans la partie espagnole de l’île, mais furent peu après livrés par les autorités espagnoles à leurs ennemis. Condamné avec son ami Chavannes par l’Assemblée du Cap, ils furent rompus vifs et leurs têtes exposées, le 25 février 1791.

Je ne veux pas ici reprendre l’histoire de Haïti, ce que je peux dire c’est qu’après l’échec de Toussaint Louverture, la lutte pour l’indépendance continua. Pétion, puis Dessalines forcèrent les français à abandonner l’île.

Après le départ des Français, Dessalines provoqua aussitôt le massacre de la population blanche restante et des métis à l'exception des prêtres, médecins, techniciens. Il redonna à Saint-Domingue son nom indien d'Haïti (Ayiti) et proclama la République le 1er janvier 1804 aux Gonaïves, première république noire libre.

 

CONCLUSION

DERONVILLE/DEROUVILLE : un problème de couleur de peau ?

Cette histoire douloureuse nous fait penser que le départ des DEROUVILLE a dû concerner ceux d’entre eux qui prenaient le parti des non abolitionnistes, alors qu’une autre partie est restée, puisque Haïti porte aujourd’hui le souvenir de ce patronyme, à Gonaïves. On pourrait alors justifier une distinction entre les DERONVILLE abolitionnistes et les DEROUVILLE non abolitionnistes, les premiers peut-être plus métissés que les autres. Le lieu DERONVILLE à Haïti est situé à Gonaïves (voir carte ci-dessus), lieu emblématique de la déclaration d’indépendance, et à l’endroit même où est mentionné ce nom sur le plan de Gonaïves.

 

SOURCES

- Les illustrations proviennent d'Internet.

- AD de la Gironde à Bordeaux : passeports de Louis Deloustal et d’Anne Constans sa mère, Sosa 24 et 49  

- Consulat d’Espagne à la Havane (Cuba) :  délivrance le 16.12.1676 de l’ acte de baptême de Jules et de la copie d’acte de mariage de ses parents  à la cathédrale de Santiago de Cuba,  à Mondette  DELOUSTAL, petite fille de Jules Deloustal (Sosa 12) 

- Archives Nationales d’Outre-Mer à Aix-en-Provence (ANOM) : registres paroissiaux, actes notariés et cartes

- Moreau de Saint-Méry : Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l’isle de Saint-Domingue ; Philadelphie, Paris, Hambourg, 1797-1798,  avec carte de Saint Domingue et plans (de Terrier Rouge, de Gonaïves avec les concessions MELIN, DERONVILLE, MARCHAND, TROPEE).  

- Domingino (sur internet, site du Dr Oliver Gliech de Berlin) donnant les résultats de ses recherches sur Saint Domingue (certaines parties payantes).

- Houdaille Jacques. Le métissage dans les anciennes colonies françaises. In : Population, 36ᵉ année, n°2, 1981, pp. 267-286 (sur internet).

- Florence Gauthier : De la Révolution de Saint-Domingue à l’Indépendance d’Haïti. Comment sortir de l’esclavage ? 1789-1804 ; 2005 Université Paris 7(sur internet).

- Cartes topographiques actuelles de Haïti (sur Internet)

- WIKIPEDIA : les colons des Antilles  

- Geneanet : arbre de Bissonnier

- Philippe Hroděj, « Les premiers colons de l’ancienne Haïti et leurs attaches en métropole, à l’aube des premiers établissements (1650-1700) », Les Cahiers de Framespa [En ligne], 9 | 2012, mis en ligne le 08 mars 2012. URL : https://journals.openedition.org/framespa/1050

- Documents DERONVILLE trouvés grâce à la bibliographie de Geneanet :

« La Comédie : 10 ème année du journal : p.6/8 le 17.11.1872 « l’actrice Mme Deronville »

« Gazette de Saint-Domingue : politique civile économique et littéraire. Affiches, annonces et avis divers », le 5.11.1791 : les Nègres épaves, Charles et l’Espérance, nègres Mozambique, estampés illisiblement, se disant appartenir à M. Deronville de Gonaïves

« Le voleur », 15.8.1833 Théâtre de la gaieté : Le fils naturel ou le Bois de Romainville, mélodrame en 3 actes de MM. Lesguillon et Leroy ; le héros est Eugène Derouville

« L’Echo de la Bretagne « 2.8.1896, feuilleton de Jeanne Sandol : Le puits qui parle, le héros est Pierre Derouville qui part pour le Toukin

« Le Journal »15.5.1900 spectacle aux Ambassadeurs à Paris, Deronville

« Journal des avoués, ou recueil de procédure civile, commerciale et administrative » vol 11857 p.274/612 : Deronville

 

 

 


Auteur : Catherine Meste-Nerzic.      Pages réalisées avec Kompozer.